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Flore barrière : le préventif ne fait pas tout

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Soin collectif. Il consiste à pulvériser des bactéries lactiques et bacillus sélectionnés pour former un biofilm protecteur sur les pieds arrière. Un colorant bleu permet d’identifier les vaches traitées. © N. Gaudout

Dermatite digitée. Pratique à utiliser, la pulvérisation de bactéries sur les pieds en salle de traite a permis de maîtriser le développement de la maladie pendant l’hiver, avant que les conditions d’humidité ne compromettent un résultat encourageant.

Au Gaec de la Rogerie, la prévalence de la dermatite digitée est préoccupante. Avec un troupeau de 100 vaches, les deux gérants manquent de temps pour prendre en charge les boiteries. Un professionnel vient trois fois par an pour parer toutes les vaches : à part la dermatite, il y a peu de problèmes. Mais, entre deux passages du pareur, il faut bien se débrouiller. N’ayant ni cage ni possibilité pour mettre en place un pédiluve...
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Au Gaec de la Rogerie, la prévalence de la dermatite digitée est préoccupante. Avec un troupeau de 100 vaches, les deux gérants manquent de temps pour prendre en charge les boiteries. Un professionnel vient trois fois par an pour parer toutes les vaches : à part la dermatite, il y a peu de problèmes. Mais, entre deux passages du pareur, il faut bien se débrouiller. N’ayant ni cage ni possibilité pour mettre en place un pédiluve, Vincent et Thomas sont à la recherche de solutions pratiques en salle de traite.

Dans ce contexte, la société Nolivade a proposé d’essayer le Certiflore. Il s’agit d’un concentré de bactéries vivantes, sélectionnées pour leur capacité à s’implanter sur le pied des vaches, formant ainsi un biofilm protecteur censé s’opposer à l’implantation et au développement des bactéries responsables de la dermatite digitée. Le principe : une application hebdomadaire par pulvérisation sur les pieds arrière, en complément d’une bonne maîtrise des conditions d’élevage et d’une prise en charge rapide des vaches boiteuses. Inutile de laver les pattes avant l’application, car les bactéries colonisent la matière organique, à condition que les pieds ne soient pas trop sales.

Des bactéries « amies » pour préserver une peau digitée saine

Certiflore se présente sous la forme de petites fioles congelées. Dans notre cas, il suffisait d’en décongeler quatre un peu avant la traite, puis de les mélanger à 4 litres d’eau dans le pulvérisateur à dos fourni par Nolivade. « Le but n’est pas de tuer les tréponèmes responsables de la maladie, mais de les concurrencer avant qu’une lésion ne se forme, explique Gino Scimia, vétérinaire chez Nolivade. Ces souches bactériennes sont naturellement présentes dans l’environnement. Non toxiques, elles respectent les défenses naturelles de la peau et sont sans danger pour l’homme, l’animal ou l’environnement. »

L’essai a été mené de janvier à juin 2018. Les lésions ont été relevées une fois par mois en salle de traite pour chaque patte arrière, grâce à un miroir de mécanicien. Nous avons ainsi des données pour chaque patte arrière et non par vache, ce qui permet d’être plus précis sur l’évolution des lésions. Nous avons aussi choisi de ne traiter que les pieds arrière, là où on retrouve plus de 90 % des lésions (seules trois lésions sur pattes avant ont été identifiées lors de l’essai). Le soin des pattes arrière correspond également à la réalité d’un travail faisable en TPA par les éleveurs.

Entre deux relevés, les lésions ont été classées en actives ou inactives : une dégradation correspond au passage d’une lésion inactive à une lésion active. Une amélioration correspond au passage d’une lésion active à inactive ou « guérie ». Mais attention, le concept de guérison est difficile à définir pour la dermatite digitée : toute lésion, même apparemment « guérie », est susceptible de se réactiver lorsque l’environnement se dégrade ou que l’immunité de l’animal faiblit. Cela amène la professeur Dörte Dopfer, de l’université du Wisconsin, spécialiste mondialement reconnue, à dire : « Quand une lésion de type M2 apparaît, c’est déjà trop tard. » D’où l’enjeu d’une prévention efficace.

Le taux d’infection passe de 29 à 16 % en hiver

Si les lésions n’évoluent pas, elles sont qualifiées de stables, qu’elles soient actives ou inactives. Ces notions d’amélioration, de dégradation ou de stabilité permettent de mieux appréhender le caractère préventif de Certiflore. Le but est d’éviter de nouvelles contaminations, mais aussi d’empêcher la réactivation des lésions. De janvier à avril, les résultats observés sont intéressants : le taux d’infection passe de 29 % de pattes atteintes à 16 %. Si l’on suit la dynamique d’infection (voir infographie ci-dessus), on constate que les améliorations de lésions et les lésions stables sont trois à quatre fois plus nombreuses que les dégradations. Ce bon résultat est néanmoins le fruit d’une bonne conjonction de facteurs. En premier lieu, la propreté des pattes : de janvier à avril, la note moyenne du troupeau se situe entre 1,9 et 2,2 (voir photos). Les quinze pansements réalisés en février par le pareur ont aussi fait leur effet. Certiflore a sûrement sa place dans ce résultat et les notations sur génisses le confirment : lors des quatre premiers mois, seules trois d’entre elles se sont contaminées sur quarante-neuf, alors que sept étaient déjà contaminées au début de l’étude.

À partir de mai, les résultats sont nettement moins bons : en un mois, le taux d’infection remonte de 16 à 39 %, dont la moitié de lésions actives. La dynamique d’infection a complètement basculé, les dégradations et les nouvelles infections sont à la hausse. Les courbes s’inversent dès le mois de juin, mais le mal est fait : le capital acquis pendant l’hiver est perdu.

Au printemps, une épidémie de lésions

Le facteur de risque numéro un à interroger est la propreté des pattes : or, en mai, la note moyenne est remontée à 3,2. En effet, la mise à l’herbe a eu lieu en conditions très humides, avec des chemins d’accès non stabilisés : les bactéries du Certiflore n’aiment pas les pattes trop sales, surtout quand elles sont lessivées dans un chemin trop boueux. Pour ne rien arranger, un problème de racleur l’amène à déverser son trop-plein sur le chemin de sortie des vaches. De plus, les traitements individuels de février sont maintenant loin et on constate tous les mois des lésions actives qu’il aurait fallu prendre en charge. Enfin, vingt-trois pattes avec des lésions ont été introduites dans le troupeau entre mai et juin. Cela indique que la maladie s’est développée chez les taries, avec lesquelles les génisses sont mises en préparation au vêlage et où aucun protocole n’est mis en place. Cet épisode infectieux du mois de mai ressemble à une épidémie, qualifiée aux États-Unis de « outbreak » que l’on peut traduire par « explosion » ou « débordement ».

Améliorer la sortie des vaches et prendre en charge les taries

C’est une manifestation assez classique de la maladie souvent décourageante. La solution ? Comprendre ce qui se passe pour mieux anticiper. Ce qu’on peut rappeler, c’est qu’au-delà de 10 % de lésions, nul n’est à l’abri… et qu’il faut mettre en place un plan d’action.

Avec Vincent, responsable du troupeau du Gaec de la Rogerie, nous réfléchissons d’abord à réaménager la sortie des vaches. Concernant les traitements curatifs, on peut envisager de déplacer le passage du pareur pour le prévoir lors de la période à risque. Enfin, pour les taries, on lit partout qu’il faut les traiter, mais force est de constater que c’est parfois compliqué à mettre en œuvre. En discuter avec des voisins et des conseillers est le meilleur moyen de faire émerger des idées.

Certiflore apparaît comme l’un des éléments de prise en charge de la DD. Sa simplicité d’emploi permet de maintenir la motivation dans le temps. Au début de l’essai, il a ralenti la maladie efficacement en situation maîtrisée. C’est un point clé pour diminuer le nombre de traitements curatifs à réaliser et y apporter l’attention nécessaire sans être débordé.

Nicolas Gaudout
Nicolas Gaudout est vétérinaire en Mayenne, clinique Vetformance.

    À Courcité (Mayenne)

    Exploitation à deux gérants : Vincent et Thomas

    170 ha de SAU

    100 vaches prim’holsteins

©
Propreté des pieds. : propre.
© n.gaudout
© n.gaudout
© N.Gaudout
État des lieux du Gaec avant l’essai

Points faibles

Maladie bien installée (29 % de lésions au début du test).

Bâtiment fermé des quatre côtés.

Absence de pente des aires bétonnées, donc mauvais écoulement des jus.

Chemins d’accès au pâturage non stabilisé.

Peu de traitements individuels entre deux parages.

Points forts

Une logette paillée par vache.

Raclage deux fois par jour.

Deux rangées de logettes offrent un meilleur accès à l’auge et plus de surface d’exercice.

Traite par l’arrière qui facilite la surveillance et les soins (TPA 2 x 8).

Parage de tout le troupeau trois fois par an.

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