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Dossier. L’énorme défi du renouvellement

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Dans un contexte économique et climatique toujours plus aléatoire, repenser les conditions de reprise et de financement des exploitations laitières s’impose si l’on veut renouveler les générations et maintenir outils et territoires.

Alors que les ateliers laitiers se sont considérablement développés ces dix dernières années (+ 64 % de volume de lait entre 2008 et 2018), reprendre des exploitations devient un challenge financier de plus en plus lourd. Au regard de la rentabilité du capital investi et de la reconnaissance insuffisantes, au vu du travail fourni et des risques financiers pris, les repreneurs se raréfient ou se tournent, quand ils le peuvent...
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Alors que les ateliers laitiers se sont considérablement développés ces dix dernières années (+ 64 % de volume de lait entre 2008 et 2018), reprendre des exploitations devient un challenge financier de plus en plus lourd. Au regard de la rentabilité du capital investi et de la reconnaissance insuffisantes, au vu du travail fourni et des risques financiers pris, les repreneurs se raréfient ou se tournent, quand ils le peuvent, vers les grandes cultures. « Que les exploitations soient petites ou grandes, la reprise est un vrai sujet, même pour les plus efficaces », constate Olivier Parat, ancien conseiller de gestion, et aujourd’hui responsable du marché agricole de la caisse du Crédit Mutuel de Vesoul. Actionner des leviers existants mais encore peu utilisés(1) ou en inventer de nouveaux devient indispensable pour transmettre les entreprises, et redonner aux JA l’envie d’investir dans le lait. Et il faut faire vite : la moitié des producteurs a plus de 50 ans. Si le taux de remplacement des départs ne s’améliore pas, le nombre des exploitations laitières pourrait se réduire à 20 000 en 2035. On en comptait 57 000 en 2018, et 229 000 en 1988 ! Pour faciliter l’entrée dans le métier, des exploitants et des entreprises explorent d’ores et déjà des voies nouvelles. Ils témoignent dans ce dossier.

Collectant 629 millions de litres de lait de vache chez 1 110 producteurs sur 18 départements du centre-ouest de la France(2), la coopérative­ laitière Terra Lacta est particu­lièrement consciente du danger que représente le renouvellement très insuffisant des exploitations. Depuis le début des années 1980, le nombre de ces exploitations, majoritairement en polyculture-élevage, avec des volumes moyens de 600 000 litres, ne cesse de chuter. « Le nombre de nos points de collecte a été divisé par plus de dix depuis la mise en place des quotas laitiers, précise Jean-Yves Restoux, président de Terra Lacta. Aujourd’hui, la baisse se poursuit à un rythme de 0 à 4 % selon les départements et les années, mais avec un fait nouveau : depuis cinq ans, le volume de lait collecté diminue lui aussi. Plus on va vers le sud, plus cette tendance est importante. La zone AOP beurre Charentes-Poitou n’est pas épargnée. » Dans une étude présentée en novembre dernier au Cniel, le Centre national interprofessionnel de l’économie laitière (voir l’article publié dans L’Éleveur laitier de janvier 2020), l’Institut de l’élevage et le CERFrance pointaient les difficultés économiques rencontrées lors de la transmission et l’installation. Les princi­pales sont la surévaluation des valeurs d’actifs ainsi que la lourdeur des investissements de modernisation et de développement (sans corrélation avec la taille, la productivité, la qualité de l’outil de départ et les résultats économiques futurs).

« Le JA est condamné à faire de l’EBE »

« Trois ans après l’installation, la valeur moyenne des actifs est de 1 270 € par 1 000 litres, avec un retour sur investissement de dix-sept ans, précisait ainsi Nathalie Velay du CERFrance, sur la base d’une étude réalisée dans différents bassins de production. La valeur économique, inférieure en moyenne de 30 % à la valeur patrimoniale (127 000 €, au lieu de 178 000 € par actif en moyenne), reste très difficile à faire valoir dans l’estimation du capital d’exploitation à reprendre par le JA. La question de la rentabilité étant rarement posée, l’analyse des investissements se fait trop souvent à travers le prisme des opportunités de financement. » Une approche risquée : des exploitations endettées ont en effet peu de flexibilité pour gérer les aléas de plus en plus fréquents. D’autant plus que les besoins en fonds de roulement (trésorerie) sont sous-évalués, ce qui risque de générer des retards de paiement, des emprunts court terme, ainsi qu’une possible dépendance à l’égard des fournisseurs.

« Même si le capital à reprendre dans un cadre sociétaire est moindre que lors d’une installation individuelle, le ticket d’entrée a bien augmenté ces dix dernières années, confirme, de son côté, Olivier Parat. En Haute-Saône et Territoire de Belfort, de 80 000 € pour un Gaec familial, il est passé à 150 000-200 000 €, ce qui représente pour le JA une mensualité de 1 000 € pendant quinze ans. Pour que le jeune ait un Smic, sa rémunération doit donc s’élever au minimum à 2 500 € par mois, ce qui implique des exigences importantes en matière de rentabilité, ainsi que des problématiques fiscales et sociales. Le JA est condamné à faire de l’EBE. Dans une partie des cas, l’exploitation également doit s’endetter pour payer aux sortants les comptes associés. » Le tout dans un contexte fiscal pas très favorable.

« Alors que l’ancienne génération a pu développer l’entreprise en bénéficiant de leviers fiscaux, tels que les dispositifs DFI, les JA n’auront pas les mêmes facilités, note Olivier Parat. Ils seront obligés de prélever davantage pour honorer leurs échéances sociales et fiscales. L’optimisation fiscale consistant à investir dans le matériel pour payer moins de MSA atteint ses limites, compte tenu de l’augmentation continue des prix du matériel agricole. Du fait du niveau d’endettement élevé des exploitations, les banques risquent de moins financer ce poste. Les montages proposés par les concessionnaires sous forme de crédits baux substituent à court terme un loyer à une annuité mais la rentabilité de ces investissements de renouvellement n’est pas toujours au rendez-vous. »

Déprécier les actifs, condition de réussite d’une installation ?

Demain, avec une pyramide des âges de plus en plus défavorable aux anciens, et malgré la faiblesse des pensions de retraite, l’acceptation de la dépréciation des actifs sera-t-elle une condition de la réussite d’une installation ? « Avec de moins en moins de repreneurs intéressés par le lait et des capacités de financement insuffisantes, l’offre de transmission des exploitations laitières va devenir supérieure à la demande, estime le responsable du Crédit Mutuel. Pour les cédants, il sera plus difficile de valoriser un capital acquis au cours d’une vie professionnelle bien remplie. Ceux qui ne sont pas propriétaires de foncier, et qui ont payé très peu de cotisations MSA du fait des démarches d’optimisation fiscale, risquent de se retrouver avec une faible retraite et sans rente foncière. » Pour Sylvain Marmier, producteur de lait AOP comté, responsable professionnel à la chambre régionale d’agriculture Bourgogne Franche-Comté et au Crédit Agricole Centre-Est, « il faudra s’obliger à être rentable pendant son activité pour se constituer une cagnotte personnelle en vue de la retraite et se permettre de céder l’exploitation au JA à sa valeur économique ».

Des laiteries mettent en place des aides

En attendant, pour motiver des jeunes à s’installer en lait, toutes les laiteries ont développé des actions. Le « pack jeunes en bovin » de la coopérative Terra Lacta comporte ainsi une prime sur le volume du jeune installé (+ 15 €/1 000 litres la 1re année, + 10 €/1 000 litres la 2e année) ainsi qu’un dispositif de sécurisation de la marge pendant cinq ans (+ 15 €/1 000 litres si le ratio aliments achetés Ipampa sur le prix du lait est supérieur à 30 %). « Nous ne l’avons déclenché que deux fois en trois ou quatre ans », précise Jean-Yves Restoux. Un prêt pour un achat de cheptel jusqu’à 50 000 € par exploitation, ainsi qu’une garantie bancaire, peuvent également être octroyés.

Le prix du lait n’est pas le seul frein

En partenariat avec l’association centrale des laiteries coopératives des Charentes et du Poitou et le réseau des maisons familiales rurales, Terra Lacta s’est aussi engagée dans la formation de main-d’œuvre qualifiée (salariés). Pour le président de la coopérative du Centre-Ouest, le prix du lait n’est en effet pas la seule cause du renouvellement insuffisant des exploitations. « Le développement des ateliers en matière d’organisation et de capacité à produire a trouvé ses limites, analyse­-t-il. Pour piloter efficacement les exploitations de demain dans un monde libéral, il faudra des JA entrepreneurs mieux formés qu’aujourd’hui au management des salariés et à la gestion, capables d’identifier les risques correctement et de négocier avec leurs banquiers des garde-fous. Il faudra également des outils fiscaux mieux adaptés qu’aujourd’hui. Dès lors qu’il n’y a plus de modèles et de repères préétablis, c’est le manager et ses compétences qui feront la différence. »

Alors que le mouvement JA milite pour un dispositif de sécurisation de marges financé par une CVO (cotisation volontaire obligatoire) de quelques euros aux 1 000 litres, prélevée­ sur l’ensemble des volumes, des filières­ inscrivent le sujet parmi leurs priorités­. C’est le cas dans les Savoie, où un fonds d’accompagnement à la succession et transmission (Fast) va être expérimenté les prochains mois.

« La reprise des exploitations laitières fait partie des enjeux essentiels à traiter d’ici les deux prochaines années, annonce Christophe Léger, le président d’ILS, l’interprofession laitière savoyarde. Il faut que l’on soit créatif et innovant dans les solutions à développer, avec, pourquoi pas, des fonds financiers débloqués par les filières AOP-IGP. »

Anne Bréhier

(1) Lire sur le site de FranceAgriMer, les solutions de financement pour aider l’installation des jeunes agriculteurs en élevages laitiers (20 fiches, novembre 2019).

(2) Ainsi que 102 millions de litres de lait de chèvre, chez 450 producteurs.

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