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Dossier. La rentabilité est démontrée

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Les croisées Procross produisent presque autant que les holsteins. Elles vivent plus longtemps, se reproduisent mieux et sont donc plus rentables. Telles sont les conclusions d’une étude conduite sur sept élevages américains pendant dix ans. DOSSIER RÉALISÉ PAR PASCALE LE CANN

Professeur en sciences animales à l’université du Minnesota (États-Unis), Les Hansen s’inquiète, depuis près de vingt ans, de la perte de résistance des vaches holsteins. Ce recul s’explique. « Dans un objectif d’augmentation du potentiel laitier, la sélection holstein a aussi privilégié les vaches grandes et anguleuses. Or, ces trois caractères sont antagonistes avec la fertilité, la ré...
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Professeur en sciences animales à l’université du Minnesota (États-Unis), Les Hansen s’inquiète, depuis près de vingt ans, de la perte de résistance des vaches holsteins. Ce recul s’explique. « Dans un objectif d’augmentation du potentiel laitier, la sélection holstein a aussi privilégié les vaches grandes et anguleuses. Or, ces trois caractères sont antagonistes avec la fertilité, la résistance aux maladies et la longévité. »

De plus, le taux de consanguinité ne cesse de croître dans les troupeaux holsteins américains. Il atteint aujourd’hui 8 % et progresse toujours plus vite, de 0,35 % par an depuis quatre ans. Là aussi, les raisons sont connues. Avec la génomique, l’intervalle entre générations a été divisé par deux. Les mâles et les femelles sont donc plus proches génétiquement. La conduite des troupeaux laitiers américains dits « commerciaux » continue de gérer les accouplements sans tenir compte de la généalogie. Cela conduit à augmenter la dépression de consanguinité dans les troupeaux, et donc à fragiliser les animaux. Certes, la génomique permet aussi d’améliorer la sélection sur les caractères fonctionnels, mais pas assez vite pour contrer la dégradation en marche. Les éleveurs laitiers subissent des pertes peu visibles mais d’un poids économique certain via des mortalités embryonnaires, une forte sensibilité aux maladies et un recul de la longévité.

Un haut niveau de vigueur hybride à chaque génération

La dépression de consanguinité a son contraire, l’hétérosis ou vigueur hybride : le produit de parents issus de deux races différentes présente une vigueur supérieure à la moyenne de ses parents. Le croisement est utilisé depuis plus de quarante ans dans tous les types d’élevages, mais pas chez les vaches laitières. « Il s’agit de la voie la plus rapide et la plus efficace pour redresser la situation », affirme Amy Hazel, jeune chercheuse à l’université de Minneapolis, qui a également suivi cet essai.

Une première étude (2002-2009), réalisée sur des élevages californiens s’essayant au croisement, a montré son efficacité. Restait à la démontrer de manière scientifique. Les Hansen a d’abord établi que le croisement trois voies (impliquant trois races) était celui qui permettait de conserver le plus haut niveau d’hétérosis à chaque génération (86 %). Il s’est ensuite penché sur le choix des races dans l’objectif de maintenir une production élevée et d’améliorer la résistance. Il avait déjà testé la jersiaise et la normande sur la holstein avec des résultats jugés insuffisants.

Il a retenu la holstein (HO) pour sa productivité laitière et la qualité de la mamelle, la viking rouge (VR) pour sa fertilité et sa résistance aux maladies, et la montbéliarde (MO) pour sa puissance et sa fertilité. C’est la méthode Procross, une marque appartenant à Viking Genetics et à Coopex. « Les taureaux choisis pour le croisement doivent être les meilleurs de leur génération. Le choix du croisement implique nécessairement le maintien des programmes de sélection en race pure pour continuer à augmenter la fréquence des gènes désirables », précise le chercheur.

Sept élevages ont croisé et ont été suivis

En 2008, Les Hansen a recruté sept élevages holsteins du Minnesota pour conduire une expérimentation grandeur nature. Tous se sont engagés à inséminer au moins 150 vaches en holstein et 100 en croisement selon la méthode Procross. Ils possédaient en moyenne 982 vaches, produisant 13 587 kg de lait à 37,7 de TB et 31,3 de TP, le plus souvent avec trois traites par jour. Au total, le groupe de départ impliqué dans l’essai comptait 3 550 vaches ou génisses prêtes à être inséminées (250 à 785 femelles par troupeau). Les génisses vêlent en moyenne à 23 mois.

Sur chaque élevage, tous les animaux ont été conduits strictement de la même manière. Les taureaux holsteins utilisés figuraient obligatoirement dans le top dix américain sur l’index Net Merit (index de synthèse économique). Les éleveurs étaient conseillés pour éviter la consanguinité dans les accouplements par un technicien de Select Sires, l’entreprise fournissant les doses. Les performances des animaux ont été mesurées. En 2017, les filles des premières vaches issues d’un croisement trois voies et inséminées de nouveau en race holstein sont entrées en production. Ce sont ainsi dix ans de mesures qui ont pu être analysés dans l’objectif de comparer la rentabilité des croisées avec leurs contemporaines holsteins pures.

Les veaux mort-nés sont significativement plus fréquents en holsteins pures, notamment au premier vêlage (7 %, contre 9 à 10 % en moyenne aux USA). Les croisées trois voies ont en moyenne deux fois moins de veaux mort-nés que les holsteins pures.

Le taux de réussite en première IA va de 29 % à 43 % pour les holsteins en fonction des rangs de lactation et des générations. Les croisées sont à huit points au-dessus. Ce gain de fertilité s’explique à la fois par l’hétérosis et par l’apport des gènes de la viking rouge et de la montbéliarde.

Un écart significatif de durée de vie productive

Il permet de réduire l’intervalle entre le vêlage et l’insémination fécondante de 12 jours sur les croisées deux voies et 17 jours pour les trois voies. Un gain de temps qui s’améliore au fil des lactations et qui pèse dans la rentabilité.

Sur le plan des coûts de santé (produits et honoraires vétérinaires, temps consacré aux soins), les élevages de l’essai se positionnaient plutôt bien par rapport à la moyenne américaine avec 43 $ à 100 $ par vache. Mais les croisées font mieux, surtout à partir de la deuxième lactation. Au total, les coûts baissent de 23 % pour les croisées deux voies et de 17 % pour les trois voies. Ce sont sur les mammites et les problèmes métaboliques que les écarts sont les plus marqués.

Des différences significatives sont également observées sur la longévité. 29 % des croisées étaient encore présentes quarante-cinq mois après leur premier vêlage contre 18 % des holsteins. À chaque génération, le pourcentage de croisées qui vêlent une deuxième­ fois, puis une troisième et au-delà, est significativement supérieur à celui des holsteins pures. 51 % des holsteins ont vêlé trois fois contre 65 % des croisées HO x MO x VR et 59 % des HO x VR x MO. La tendance est identique pour les croisées deux voies.

La longévité compense la moindre production

La fertilité explique largement cet avantage des croisées en matière de longévité, les éleveurs réformant très souvent les vaches qui ne remplissent pas. Mais la mortalité est également plus élevée chez les holsteins (génisses et vaches). L’écart s’élève à 4 %. Étant donné le poids économique du coût de renouvellement, l’impact est majeur.

En volume de lait produit, les holsteins gardent l’avantage si l’on s’arrête à la lactation. L’écart dépasse 1 000 kg de lait avec les croisées trois voies. En revanche, les croisées deux voies produisent plus de matière utile par lactation, ce qui n’est pas le cas des trois voies. Mais la nette supériorité des croisées sur la longévité leur permet de compenser. Les croisées HO x MO produisent 609 kg de matière utile supplémentaire durant leur vie, une différence hautement significative, que l’on ne retrouve pas sur les HO x VR (+ 196 kg). Les trois voies produisent, elles aussi, un peu plus de matière utile sur leur carrière, environ 300 kg, un écart peu parlant. En fin de compte, la productivité laitière des croisées est proche de celle des holsteins. La conformation et l’état des vaches ont été évalués pour chacune des trois premières lactations. On constate que les holsteins continuent de grandir en première lactation malgré la volonté des éleveurs de réduire la taille via la sélection. Les croisées sont toutes notablement plus petites. De ce fait, elles présentent en moyenne des mamelles moins hautes que les holsteins. Mais leurs trayons arrière sont plus écartés alors qu’ils ont tendance à se rapprocher sur les holsteins, compliquant la traite, notamment robotisée. Les croisées sont moins anguleuses et plus rondes.

Un coût alimentaire supérieur chez les holsteins

Or, il existe un lien incontesté entre ces caractères et la fertilité, la santé et la longévité. La profondeur de corps est plus faible chez les croisées, ce qui peut expliquer la moindre incidence des problèmes métaboliques. On sait en effet que les animaux profonds ont un risque plus élevé de déplacement de caillette après le vêlage.

Enfin, l’étude s’est arrêtée sur la comparaison des vaches sur le plan économique en mesurant le profit par jour et par carrière sur la base de la différence entre les recettes et les charges. Les valeurs unitaires (prix du lait, des veaux, des traitements vétérinaires, etc.) ont été harmonisées entre les troupeaux de façon à rendre la comparaison plus robuste. Les écarts de recettes varient selon les types de croisées et au total, ils sont limités (- 1 à + 2 %). Les produits du lait, souvent un peu plus faibles (sauf pour les HO x MO et les HO x VR x MO), sont compensés par la vente des veaux et des réformes. Car les croisées vêlent plus souvent, perdent moins de veaux et leurs mâles sont mieux valorisés, surtout lorsqu’ils présentent une tête blanche, caractéristique du sang montbéliard.

Le coût alimentaire, premier poste de charges en élevage laitier, a été estimé, faute de disposer de données sur l’ingestion réelle. Le calcul se base sur la production et le stade de lactation. En toute logique, il est plus élevé pour les holsteins, y compris durant la période sèche.

Un meilleur revenu grâce à une réduction des charges

Le coût de renouvellement est réduit avec les croisées puisque leur longévité est supérieure. C’est le facteur qui pèse le plus lourd dans la réduction des charges observées. Et comme on l’a vu plus haut, les coûts de santé sont nettement inférieurs avec des croisées. Les frais d’élevage diminuent également. Le niveau de charges baisse ainsi de 33 $ à 52 $ par vache (29 € à 46 €).

Cette réduction des charges permet une nette amélioration du revenu par vache sur la carrière. C’est avec les croisées HO x MO que l’écart est le plus spectaculaire : 4 480 $ (4 017 €) contre 2 842 $ (2 548 €) pour les holsteins, soit 58 % de plus. La hausse s’élève à 18 % pour les HO x VR, et 32 à 33 % pour les croisées trois voies. Outre ce gain économique, les éleveurs impliqués dans l’expérimentation ont constaté que les croisées sont plus faciles à conduire (voir reportages pages suivantes). Ils mettent également en avant une meilleure efficacité alimentaire. Ce paramètre n’a pas pu être mesuré en routine chez les éleveurs. Mais une étude parallèle, conduite sur le troupeau de l’université, a montré que les croisées produisaient en moyenne 8 % de matière utile en plus par kilo de MS ingérée (voir encadré page 42). Globalement, ce sont les animaux possédant 50 % de sang montbéliard qui s’avèrent les plus rentables. « Cela vient peut-être du fait que cette race est plus éloignée génétiquement de la holstein que la viking rouge, analyse Les Hansen. L’effet d’hétérosis est donc encore plus marqué. » Il rajoute cependant que pour obtenir un taux maximal d’hétérosis à chaque génération, le recours à trois races est nécessaire. Dans la durée, le croisement limité à la montbéliarde sur la holstein serait moins rentable que le croisement Procross.

« Pour obtenir les meilleurs résultats en croisement, il faut choisir trois races aux caractéristiques complémentaires et adaptées à son élevage, et retenir les meilleurs taureaux de chaque race », conclut Les Hansen.

Pascale Le Cann
Les Hansen est professeur en sciences animales à l’université du Minnesota : «  © P.L.C.
Université. La moitié des 110 vaches de l’université du Minnesota ont été croisées selon la méthode Procross afin de mener des essais complémentaires. © P.L.C.
France. Contrairement aux États-Unis où ce sont les élevages intensifs qui s’intéressent au croisement, la pratique séduit surtout des éleveurs herbagers en France. © P.L.C.
Amy Hazel. Cette jeune chercheuse travaille avec Les Hansen depuis dix ans. © P.L.C.
Essai. L‘efficacité alimentaire également prouvée

Les sept élevages impliqués dans l’essai ont rapidement observé que les vaches croisées semblaient avoir une meilleure efficacité alimentaire. L’expérimentation ne permettait pas de la mesurer. Un essai complémentaire a donc été conduit sur le troupeau de l’université du Minnesota(1). Il a démontré­ la supériorité des croisées sur ce plan. Elles produisent plus de lait et de matière utile par kilo de MS ingérée. Leur ingestion totale est un peu inférieure, mais leur note d’état est légèrement plus élevée. L’efficacité alimentaire des multipares croisées dépasse de 8,2 % celle des holsteins. La marge sur coût alimentaire dégagée par les croisée­s primipares est supérieure de 50 $ (44,60 €) à celle de leurs congénères holsteins. L’écart s’élève à 88 $ (78,60 €) pour les multipares. « Cela suggère que les rations communément concoctées pour les holsteins ne sont pas optimales pour les croisées », analyse Les Hansen.

Un nouvel essai débute à l’université en septembre. Une ration classique va être comparée à un régime moins riche en grains mais apportant davantage de fibres. Les mesures porteront sur la production, le poids, la reproduction et la santé. La réponse est attendue d’ici environ deux ans.

(1) Voir L’Éleveur laitier n°270, mai 2018, page 64.

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