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Dossier. Soulager les vaches sans déraper sur les coûts

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Les températures des trois derniers étés obligent à repenser les bâtiments et l’alimentation des vaches. Elles rentrent en stress thermique dès 22°C. Avant d’envisager une ventilation mécanique, il faut améliorer la ventilation naturelle.

Les épisodes caniculaires se répètent d’année en année. Réchauffement climatique oblige, on sait désormais qu’ils s’installent dans le quotidien des élevages. Les bâtiments laitiers­ français n’y sont pas adaptés. Ils sont conçus pour héberger les vaches laitières l’hiver, avec une ventilation naturelle qui les protège d’un refroidissement brutal. «...
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Les épisodes caniculaires se répètent d’année en année. Réchauffement climatique oblige, on sait désormais qu’ils s’installent dans le quotidien des élevages. Les bâtiments laitiers­ français n’y sont pas adaptés. Ils sont conçus pour héberger les vaches laitières l’hiver, avec une ventilation naturelle qui les protège d’un refroidissement brutal. « L’hiver, il faut de l’air sans courant d’air, résume Jacques Capdeville, de l’Institut de l’élevage (Idele). Il faut ventiler le bâtiment pour éliminer la vapeur d’eau dégagée principalement par la respiration­. Sinon, elle se condense sur le dos de l’animal. Dans le même temps, il est nécessaire de contrôler les vitesses d’air qui doivent être à moins de 0,5 mètre par seconde. Dans le cas contraire, la température ressentie par la vache chute. »

L’été, et tout particulièrement durant les fortes chaleurs, c’est l’inverse. Les courants d’air sont les bienvenus pour rafraîchir les animaux et évacuer l’humidité, avec une vitesse d’air d’au moins 2 mètres par seconde sur le dos de la vache. « Les bovins supportent difficilement l’air chaud et humide. » Bref, le bâtiment de cette nouvelle décennie doit répondre à des objectifs saisonniers contradictoires. Il faut donc des bâtiments adaptables. Comment faire évoluer le parc français dans ce sens ?

« On tâtonne », résume Bertrand Flament, du service bâtiment de la chambre d’agriculture du Nord-Pas-de-Calais. Faute de financements publics, la France a du retard sur le sujet. Le Cniel a décidé, l’an passé, de prendre les choses en main. Il a financé le suivi par Idele de 16 stabulations durant les étés 2018 et 2019. Objectif : dégager des axes d’amélioration et proposer des solutions.

L’abreuvement est-il suffisant ?

« Le préalable, avant de se lancer dans des aménagements de bâtiment, est de vérifier l’abreuvement à volonté des vaches. L’été, la consommation journalière d’eau monte jusqu’à 140 litres par vache, souligne François Normand, conseiller à Elvup (Orne). Des films réalisés dans des troupeaux durant vingt-quatre heures, cet été, par une caméra timelapse, mettent en évidence des bousculades à certains moments de la journée autour des abreuvoirs. » Jacques Capdeville complète : « Cette consommation supplémentaire s’accompagne d’une vitesse d’aspiration de l’eau plus grande. » Les abreuvoirs sont-ils donc en nombre suffisant ? La norme est d’un abreuvoir collectif pour 20 vaches, et 10 cm d’accès par vache. Répond-il à cette aspiration accrue ? Dans ce but, privilégier les bacs avec réservoir d’eau. Enfin, leur accès est-il aisé ? Quarante pour cent de l’eau est consommée en sortie de salle de traite. Un espace de buvée spacieux doit y être aménagé pour ne pas entraver la sortie des laitières. « Le nombre de points d’eau peut être correct mais la circulation autour difficile. Dans ce cas, on peut en ajouter dans la stabulation pour en fluidifier l’accès », indique François Normand. S’ils sont dans un couloir de traversée de logettes, Idele recommande au moins 4 m de large pour le croisement des animaux. S’ils sont dans le couloir d’alimentation, il conseille 5 m en aire paillée (avec un renfoncement de l’abreuvoir de 50 cm sur l’aire paillée) et 5,5 m en système logettes. Évidemment, adapter la conduite alimentaire contribue également à la lutte contre le stress thermique. Les mesures adéquates sont détaillées dans la suite du dossier.

L’éclairage du bâtiment augmente-t-il la température l’été ?

En hiver, les plaques translucides de la toiture sont appréciées car elles favorisent la luminosité dans le bâtiment. En été, c’est tout le contraire. Elles augmentent le rayonnement au sol. Les vaches ressentent quelques degrés de température en plus, ce qui, en fortes chaleurs, ne fait qu’ajouter du stress. Dit autrement, le bâtiment peut rapidement devenir un four. « Quand la toiture n’est pas amiantée, la solution est de supprimer les plaques translucides sur les pans de toiture exposés au sud, sud-ouest et ouest, propose Jacques Capdeville. On peut conserver celles côté nord. » Si elle est amiantée, une extension de bâtiment ou une construction peut être l’occasion de demander au charpentier de les enlever.

Si une construction ou une extension est prévue, une autre solution est d’isoler toute la toiture. « Avec un long-pan exposé au sud, l’éclairage se fera alors par une bande lumineuse (translucide double peau ou translucide perforé), haute de 50 à 80 cm juste au-dessous de la toiture, sur toute la longueur », dit Jacques Capdeville. Une avancée de toiture fera de l’ombre, éclairant le bâtiment sans faire subir les rayons solaires. « Elle est indispensable pour les orientations ouest et sud-ouest. Sinon, le bâtiment subira les rayons solaires en deuxième partie de journée. »

Le bâtiment a-t-il une ventilation naturelle suffisante durant les fortes chaleurs ?

La grande majorité des bâtiments laitiers sont conçus pour loger les vaches durant cinq à sept mois l’hiver, pas pour gérer l’hiver et l’été. De plus, ceux construits il y a vingt ans, voire plus, hébergent des troupeaux qui ont évolué. Leur effectif plus élevé s’accompagne de stabulations saturées ou d’extensions qui peuvent compliquer la ventilation. L’autre conséquence est, au printemps et en été, un temps plus important passé en bâtiment qu’avant (moins de pâturage). Enfin, le niveau laitier des vaches a augmenté. « Plus les vaches produisent, plus leur température monte, souligne François Normand, d’Elvup. Par rapport à une tarie, une vache qui produit 32 kg de lait par jour rejette 48 % de chaleur en plus, contre + 27 % pour une vache à 18 kg de lait. » La capacité de ventilation du bâtiment n’est donc plus forcé­ment en adéquation avec les besoins. Toute la difficulté est de concevoir des aménagements pour rafraîchir les vaches l’été… sans dégrader l’hébergement hivernal. Pour le Cniel, Idele et les conseillers en bâtiments, avant d’envisager la ventilation mécanique, il faut réduire le rayonnement et améliorer la ventilation naturelle en ouvrant le bâtiment l’été et en le refermant l’hiver. Le plus efficace serait de remplacer le bardage bois ou en tôle ajourée par des filets brise-vent amovibles. « C’est cher, réfute Jacques Capdeville, de l’ordre de 80 € à 140€/m² selon le type de produit et la complexité de l’enroulement. » Il préfère conserver le matériau existant et créer un cadre modulable. « Avec un préalable : une ventilation naturelle suffisante déjà en place l’hiver. » Pour atteindre une bonne vitesse de l’air sur le dos des animaux, il propose des ouvertures en partie basse des longs-pans, à 2 mètres du sol ou à 50 ou 60 cm du muret. Dans le Morbihan, c’est ce qu’a fait le Gaec Gauthier cet été, épaulé par Idele. Des services en bâtiment conseillent, de leur côté, d’ôter 50 à 80 cm de bardage sous la toiture. « Ce n’est pas idéal car c’est trop haut. L’air n’atteint pas le dos des vaches, reconnaissent-ils. Nous tâtonnons mais face au besoin de rafraîchir les bâtiments l’été et en l’absence de véritables préconisations des experts en bâtiments jusqu’à maintenant, c’est mieux que de ne rien faire. »

Faut-il ouvrir totalement les bâtiments ?

Ne pourrait-on pas aller jusqu’à l’ouverture totale des quatre façades, comme L’Éleveur laitier l’a vu en novembre, en Angleterre, à l’occasion d’un reportage ? Les vaches sont protégées des vents, l’hiver, par des barrières de 1,5 mètre pleines aux pignons. Jacques Capdeville ne va pas jusque-là. « C’est au cas par cas, en fonction des vents et de la pluie l’hiver, l’environnement du bâtiment, etc. A minima en été, il faut se rapprocher d’un effet parasol, c’est-à-dire un bâtiment opaque et dans lequel l’air circule. »

Faut-il investir dans une ventilation mécanique ?

« Avant d’envisager des ventilateurs, il faut d’abord s’assurer de la consommation en eau et de l’alimentation à volonté des laitières », répond François Normand. Un film réalisé par Elvup, cet été, durant vingt-quatre heures, à la caméra timelapse, montre plusieurs vaches qui longent les cornadis durant une vingtaine de minutes, la nuit, à la recherche de nourriture. « L’étape suivante est l’amélioration de la ventilation naturelle. Sur les cinquante diagnostics de ventilation qu’Elvup a réalisés depuis 2018, quarante ont conduit à des aménagements de ventilation naturelle. »

Si, malgré tout, les périodes de canicule conduisent à une baisse en lait et en taux, à une dégradation de la fertilité et des comptages cellulaires, envisager la ventilation mécanique paraît réaliste. Dans la balance, d‘un côté le coût de l’investissement : selon Idele, pour un troupeau de 100 vaches, de 20 000 € à plus de 50 000 € selon les choix techniques. De l’autre, la perte de production : selon Elvup, dans l’Orne, 120 kg bruts par vache du 20 mai au 15 septembre 2019, soit 12 000 kg et 4 200 € pour 100 vaches et 350 €/1000 l de prix du lait. Sans compter les soucis sanitaires. Le retour sur investissement se faisant sur plusieurs années, l’éleveur est face à un choix, en particulier dans le Nord et le Grand Ouest, où les épisodes caniculaires ne durent actuellement que quelques jours. « Nous soulageons nos vaches, avance le Gaec du Val de Raveton, qui a investi 8 500 € dans 8 ventilateurs en 2017. Surtout cet été lorsqu’on a flirté avec les 40 °C. » Ce retour d’investissement estimé à quatre ou cinq ans sous-entend que les ventilateurs remédient à la baisse de production. « À condition­ qu’ils soient efficaces sur la totalité du bâtiment, avertit Jacques Capdeville. Un suivi de 11 ventilateurs en 2018 et 2019 montre qu’ils le sont bien moins que ce qu’annoncent les constructeurs. » Idele engage des discussions pour les améliorer (lire pages suivantes).

Peut-on se passer de la ventilation mécanique pour les vaches à 10 000 l ?

C’est possible mais dans des situations vraiment optimales. « C’est-à-dire en climat océanique, et dans un bâtiment à la ventilation naturelle parfaite », répond Jacques Capdeville. Mais dans la majorité des cas, et surtout en climat continental et dans le Sud, la ventilation mécanique est nécessaire. « Plus la vache produit, plus elle dégage de la chaleur. »

Claire Hue
Compromis entre l’hiver et l’été. En Loire-Atlantique, ce bâtiment à deux toitures en pente sans translucides est adapté au changement climatique. Étroit, il est bien ventilé l’hiver et, ouvert l’été, un mouvement d’air se crée. L’absence de translucides dans la toiture évite l’effet de serre. © c.ruelle
Comportement. À partir de 22 °C, les vaches font des efforts d’adaptation

Les vaches sont à l’aise entre 10 °C et 20 °C. À partir de 22 °C, les vaches doivent fournir des efforts d’adaptation. Entre 30 °C et 35 °C, elles entrent en situation de souffrance. À plus de 42 °C, c’est la mort si la situation perdure. Ce stress thermique est renforcé par l’humidité relative de l’air, qui accentue l’effet de la chaleur. « Les vaches restent debout pour l’évacuer. Leur temps de repos diminue, ce qui n’est pas bon pour leurs aplombs, observe François Normand, conseiller à Elvup (Orne). Elles se déplacent moins et donc vont moins à l’auge, au détriment de leur ingestion et de la production laitière. » Leur stress thermique est aujourd’hui mesuré par l’indice THI (Temperature Humidity Index). La vache est considérée en stress léger à partir de 68 de THI, en stress marqué à partir de 78.

« Cet été, dans l’Orne, le THI a régulièrement flirté ou dépassé la barre des 78. » À l’Institut de l’élevage, Jacques Capdeville préfère utiliser le HLI (Heat Load Index). « Il prend mieux en compte le ressenti de l’animal car il intègre la vitesse de l’air – essentielle pour abaisser de quelques degrés la température ressentie –, le rayonnement solaire et celui des parois à proximité de la vache. »

Au printemps prochain, Idele proposera­ une méthode de calcul simplifiée du HLI.

3 questions à…
« Dans l’Orne, une perte moyenne de 1 à 2 kg par vache et par jour durant l’été 2019. »« L’Ouest doit aussi changer sa conduite » 3 questions à… François normand, conseiller à Elvup (Orne)

Pourquoi, depuis deux ans, Elvup donne-t-il des conseils sur le stress thermique des vaches et veaux ? L’Orne est plus réputée pour sa pluie que pour ses fortes chaleurs.

François Normand : Le réchauffement climatique ne touche pas uniquement le sud de la Loire mais aussi les régions océaniques. Leurs techniques doivent s’adapter. En mai 2019, Elvup a lancé une alerte au stress thermique. Elle est basée sur l’index américain THI qui intègre la température et l’humidité de l’air. Nous le calculons toutes les semaines et le mettons en ligne sur notre site internet. Ces alertes sont accompagnées de recommandations. Depuis deux ans, nous mettons aussi plus l’accent sur la ventilation des bâtiments.

Le THI américain et les pertes de lait associées sont-ils adaptés au Grand Ouest ?

F.N. : C’est ce que nous avons vérifié. Durant les étés 2018 et 2019, dans 9 exploitations équipées de robot pour disposer des productions journalières, nous avons mesuré les températures et l’humidité extérieures. Les pertes de production en fonction du THI sont cohérentes avec celles­ affichées par la grille américaine. En 2018, la perte moyenne de ces 9 troupeaux se situe de 1 à 1,5 kg par vache par jour, en 2019 de 1 à 2 kg. Pour coller au ressenti des vaches, il aurait fallu associer au THI, la vitesse de l’air. Sans références nationales jusqu’à maintenant, nous avons mené cette étude avec nos moyens.

F.N. : Avant de l’envisager, il faut d’abord travailler la ventilation naturelle qui, dans bon nombre de bâtiments, a besoin d’être améliorée. Si la ventilation est décidée après un diagnostic, il faut veiller à ne pas créer des zones de confort dans lesquelles les vaches se regroupent. Elles resteront debout, avec des problèmes de pattes à la clé. A minima, en équipement de salle de traite, on peut envisager un douchage dans l’aire d’attente pour les rafraîchir deux fois par jour. Même, pourquoi pas, les y emmener une ou deux autres fois dans la journée s’il fait vraiment très chaud. En système robot, il faut privilégier une ventilation au-dessus du couchage. Ventile­r l’aire d’attente au robot créera une zone de confort et en gênera l’accès.

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