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Dossier. Sur le terrain, les voies de diversification se précisent

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Précocité. Pour profiter d’une pousse d’herbe plus précoce en sortie d’hiver, il faut avancer les apports d’azote, sans oublier la fumure de fond. © Jerome CHABANNE

Des retours d’expérience d’éleveurs et de conseillers dans différentes régions mettent l’accent sur la diversification des ressources en conditions difficiles et une exploitation des prairies à la fois plus précoce et prolongée en arrière-saison.

Quelles que soient les prédictions, le changement climatique se traduit par une baisse des jours de gel et des sécheresses en été de plus en plus marquées. « Les arrêts de pousse de l’herbe estivale seront partiellement compensés par des pousses plus importantes au printemps et à l’automne, voire en hiver, souligne Jérôme Pavie, responsable du service fourrage à l’Institut de l’élevage...
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Quelles que soient les prédictions, le changement climatique se traduit par une baisse des jours de gel et des sécheresses en été de plus en plus marquées. « Les arrêts de pousse de l’herbe estivale seront partiellement compensés par des pousses plus importantes au printemps et à l’automne, voire en hiver, souligne Jérôme Pavie, responsable du service fourrage à l’Institut de l’élevage. Face à ce constat, le message est de réaliser des coupes précoces pour aller chercher la qualité et de pâturer le plus longtemps possible afin d’économiser des stocks. Hors périodes de gel, rien ne s’oppose à exploiter la prairie, si la portance le permet. »

Une autre voie repose sur la capacité à produire des fourrages à ces périodes décalées, avec des plantes aux cycles différents. L’expérience du terrain et les réflexions issues de groupes d’échanges permettent d’affiner ces pistes selon le contexte local.

Dans le Lot Vers des semis de maïs plus précoces

Dans le nord du département, pour sécuriser la culture du maïs face au manque d’eau, la chambre d’agriculture met en place avec les éleveurs des essais de semis et de variétés plus précoces : « C’est-à-dire des variétés d’indices 200 à 250 et des semis réalisés fin mars, en vue d’avancer la date de floraison, précise Grégory Cagnac, conseiller d’élevage laitier. Un premier essai en 2019 montre que le froid du début du printemps a pénalisé le démarrage en végétation, sans obtenir d’avantage significatif sur le tonnage produit. » Dans des sols à tendance sableuse, sans irrigation, le sorgho monocoupe BMR semé après un méteil ou un ray-grass est une alternative intéressante : « Il confirme un meilleur comportement au sec, avec des rendements de l’ordre de 10 t MS, au lieu de 7 tonnes en maïs ensilage. » La luzerne, pure ou en association, reste une plante d’intérêt, et le développement des méteils se poursuit : « Derrière un méteil ou un RGI, où la réussite du maïs est plus aléatoire en sols superficiels. L’idée est de tester les dérobées d’été, dont le coût d’implantation est moins élevé et qui permettent d’obtenir 3 à 5 t MS de foin ou d’enrubannage. »

Dans le Doubs L’enjeu de la chaîne de récolte et du chargement

Depuis deux ans, des printemps tardifs et surtout des étés secs ont perturbé la pousse de l’herbe des systèmes AOP foin-regain. Comme partout, l’objectif est de réussir une première coupe précoce pour bénéficier de repousses avant l’été. « L’enjeu est d’obtenir un minimum de rendement (2,5 t MS/ha), car c’est sur cette première coupe que repose l’essentiel des stocks, rappelle Jean-Marie Curtil­, conseiller à la chambre d’agriculture. À ce titre, la fertilisation est déterminante pour optimiser le potentiel de rendement au printemps. » Les recommandations restent d’épandre à 200 °C, mais avec un facteur limitant : la portance de sols parfois gorgés d’eau ou enneigés. Cela renforce l’intérêt pour une chaîne de récolte en vrac, comparé aux balles rondes, majoritaires dans le département.

Les prairies multi-espèces, intégrant notamment de la luzerne, offrent davantage de souplesse d’exploitation et un moyen d’améliorer le potentiel de repousses. La luzerne étant, là encore, mieux adaptée aux chaînes de récolte en vrac pour faire de la qualité. Mais cette option reste soumise à une réglementation qui tolère une réduction des surfaces en prairies permanentes de 2,5 %. Enfin, l’augmentation des capacités de stockage apparaît nécessaire pour faire du report de stocks au printemps. « Il faut combiner plusieurs leviers, insiste le conseiller. Optimiser la gestion du pâturage est aussi capital pour exploiter tout le potentiel des prairies. »

Parallèlement, la sécurisation des systèmes d’élevage repose sur la maîtrise du chargement. Selon le potentiel fourrager, cela doit amener à limiter le nombre de génisses aux 30 % nécessaires pour le renouvellement. « La maîtrise des effectifs, c’est aussi une productivité laitière minimum, dans le respect des 8 500 kg/VL imposés par l’AOP. »

Dans le Pas-de-Calais Mieux exploiter les prairies naturelles et temporaires

Le département et, plus largement, la région sont peu touchés par les effets du changement climatique, à l’exception du Boulonnais. « Ce territoire cumule les excès d’eau à l’automne et au printemps, des terres séchantes en coteaux calcaires, des rendements maïs qui varient de 9 à 14 t MS et une pression foncière qui rend difficile le regroupement des terres dans une logique de maximisation du pâturage », souligne Élisabeth Castellan, d’Idele. Ici, des groupes d’échanges ont élaboré des pistes de sécurisation des bilans fourragers :

réduire l’âge au vêlage pour mieux maîtriser le chargement ;

optimiser la production des prairies naturelles, très présentes dans les assolements, via la gestion du pâturage et la fertilisation ;

privilégier les alternatives au maïs de type méteils, luzerne ou prairies multi-espèces dans les terres plus difficiles. « Encore peu utilisées, les prairies complexes apportent une qualité de fourrage compatible avec des systèmes d’élevages intensifs. »

Les méteils 100 % protéagineux offrent plus de garanties en matière de valeurs alimentaires. Mais les rendements se révèlent aléatoires, en raison des risques de gelées précoces. Tout comme les dérobées d’automne à base de RGI : elles ont un intérêt à condition de les semer tôt, après un escourgeon ou un pois. À noter, un regain d’intérêt pour la betterave, pour sa tolérance au sec, dans un secteur où la mécanisation de la récolte est disponible. « Pendant longtemps, elle ne présentait pas d’intérêt en raison de la disponibilité en pulpes. Mais l’élevage est aujourd’hui concurrencé par la méthanisation sur ce produit. » Localement, les coproduits restent néanmoins une vraie opportunité.

Dans le Massif central Des couverts d’automne et du maïs en altitude

Pour bénéficier d’un démarrage plus précoce de l’herbe, Jean Zapata, conseiller à la chambre du Puy-de-Dôme, insiste sur l’importance d’adapter les dates d’épandage de l’azote en tenant compte de l’évolution des sommes de températures. « Souvent, les pratiques de fertilisation sont trop tardives pour tirer profit d’une production d’herbe maximale au printemps. » Il souligne aussi l’intérêt des prairies multi-espèces riches en légumineuses, « plus résistantes et plus souples d’exploitation, à la fois tôt et tard en saison », ou de l’association dactyle-luzerne, « un mélange éprouvé, même dans des sols relativement acides (pH 5,5 à 6) si l’on prend soin de chauler ». Cependant, la campagne en cours met en exergue la problématique des sécheresses de printemps, cumulées à des gelées tardives très pénalisantes pour la prairie. Une voie d’adaptation repose sur la production de fourrages à l’automne en profitant de gelées plus tardives. Il s’agit d’abord de valoriser l’herbe en arrière-saison, mais aussi de miser sur des couverts d’automne : RGI-trèfle incarnat, avoine-vesce ou avoine-colza fourrager. Des mélanges de bonnes valeurs alimentaires, semés après la moisson et pâturés ou enrubannés dès l’automne, avant une culture de printemps. Les méteils font également partie de cette stratégie. Ils sont semés plus tard, en vue d’une récolte précoce suivie d’un sorgho multicoupe (ensilé ou enrubanné) ou d’un maïs. « Il ne faut pas sacrifier le maïs dans les systèmes laitiers, estime Mathias Déroulède, conseiller culture de la chambre de Haute-Loire. L’augmentation des sommes de températures permet d’envisager des semis de variétés précoces (indices 200 à 240) entre le 10 et le 20 mai, jusqu’à 1000 mètres d’altitude, où il peut être un moyen de sauver le bilan fourrager grâce à des rendements de 8 à 10 t de MS. »

Une irrigation de sécurité dans l’Allier

Plus au nord, dans l’Allier, malgré deux années très difficiles, le maïs ensilage n’est pas remis en cause. « L’irrigation est envisagée par les éleveurs via la création de retenues d’eau, indique Amélie Bouchant, conseillère à la chambre d’agriculture. On parle ici d’irrigation de sécurité, uniquement à des périodes clés de la croissance de la plante, ou d’autres cultures comme la luzerne. »

Dans le Sud-Est La valeur ajoutée pour compenser les surcoûts

Dans un grand quart Sud-Est, la problématique du réchauffement est une réalité prégnante depuis le début des années 2000. Les expérimentations lancées dans le cadre du projet Pépite s’articulent autour de trois axes : la prairie multi-espèce, la double culture­ méteil-sorgho monocoupe ensilé, et les dérobées d’été implantées après céréales. Ces dernières, des mélanges de type sorgho-moha-TV, sont davantage destinées à de la pâture pour génisses, ovins et caprins.

« Dans les terres à faible potentiel, on se dirige vers l’arrêt du maïs, indique Jean-Pierre Manteaux­, de la chambre d’agriculture Drôme­-Isère. Il reste cultivé là où il y a de l’irrigation et dans les terres profondes, capables de valoriser les orages d’été. Le sorgho souffre du sec, mais il a la capacité d’attendre les pluies de septembre pour faire l’essentiel de sa croissance. En altitude, il sera remplacé par du sorgho multicoupe, qui a un bon potentiel de rendement, mais est moins riche pour faire du lait. Plus le climat devient difficile, plus la diversification a un coût, avec des fourrages dont la valeur s’éloigne d’une production intensive. Il y a alors tout intérêt à aller chercher de la valeur ajoutée à travers le développement des AOP ou de la bio. »

En Lorraine Des prévisions fourragères pour anticiper

Le réseau Inosys Grand-Est s’est appuyé sur le suivi d’exploitations très performantes de la région pour proposer des pistes d’adaptations, dans une perspective de sécheresses de plus en plus fréquentes. De ce travail sont issues des recommandations portant sur le respect de certains fondamentaux :

réaliser une prévision fourragère chaque année, pour éviter les achats de dernière minute ;

faire des apports d’azote au bon moment (200 °C), sans oublier la fumure de fond lorsqu’une impasse est faite depuis deux ans ;

effectuer des fauches précoces pour bénéficier des deuxièmes coupes ;

mieux exploiter l’herbe d’automne ;

augmenter la capacité de stockage ;

renforcer la diversification fourragère en conditions limitantes pour le maïs, avec des prairies multi-espèces, des associations dactyle-luzerne, des méteils ou de la betterave (lire pages 36 à 39).

« La disponibilité en coproduits, comme la drèche ou le corn-feed, apporte également de la flexibilité, à condition que les achats ne soient pas faits au dernier moment, souligne Jessica Thoni, conseillère à la chambre d’agriculture de Moselle. La réduction de l’âge au vêlage n’est pas toujours pertinente dans les fermes avec beaucoup de prairies naturelles. En revanche, il s’agit de maîtriser son taux de renouvellement dans l’idée de ne pas le subir. »

Jérôme Pezon
« Le semis de la prairie sous couvert est une option 100 % gagnante »

Des essais montrent l’intérêt du semis de prairie sous couvert d’un méteil à l’automne pour s’affranchir des aléas climatiques, en améliorant la production.

La campagne 2019 a montré que le semis de prairie de fin d’été dans un contexte de sécheresse n’offrait pas les garanties d’une bonne levée. La question se pose aussi au printemps, en raison de l’excès d’eau cumulé à des sécheresses précoces. « Pour s’affranchir de ces aléas, nous avons répété 5 essais analytiques à la ferme expérimentale de Thorigné-d’Anjou, afin d’évaluer l’intérêt de décaler la date de semis de la prairie mi-octobre, sous couvert d’un méteil (triticale-pois-vesce) en vue d’augmenter la biomasse produite », indique Bertrand Daveau, ingénieur Arvalis. Le semis sous couvert est fait en deux passages. Le méteil est récolté au stade laiteux-pâteux en juin, avec un rendement moyen de 11,7 t MS/ha. La prairie prend ensuite le relais pour produire, en été et à l’automne, l’équivalent de 1,7 t MS/ha. Les premières analyses de la prairie exploitée à l’automne, conduite en bio sans fertilisation azotée, révèlent des valeurs alimentaires élevées : 0,9 UFL, pour 18 à 20 % de MAT. Elle se compose de 10 kg de fétuque élevée, 8 kg de RGA, 3 kg de TB à grandes­ feuilles, 3 kg de trèfle hybride et 3 kg de lotier (27 kg/ha), un mélange plus productif dans les terres limono-sableuses à faible réserve hydrique (voir L’Éleveur laitier n° 285).

« Moins de travail et une meilleure implantation »

C’est cette exploitation d’automne de la prairie dès la première année qui apporte un plus en matière de stocks. Car la prairie semée en fin d’été ne sera exploitée que lors de la campagne n + 1.

« De plus, en première année, la production de la prairie semée seule est plus hétérogène. On observe jusqu’à 50 % d’espèces­ diverses, de moindre qualité. Pour l’éleveur, le semis sous couvert est donc une option 100 % gagnante : moins de travail du sol, une meilleure implantation et plus de volume. » Mais Thorigné­ bénéficie d’un climat d’influence océanique. Ailleurs, le semis de prairie à l’automne est-il transposable ? « Cela semble trop risqué dans notre région à cause du gel, on s’orientera plutôt vers un semis de printemps », estime Jessica Thoni, de la chambre d’agriculture de la Moselle. Cette option, également­ testée à Thorigné­, consiste à implanter le méteil à l’automne, puis la prairie en mars-avril après avoir ouvert le sol avec une herse étrille (avant l’apparition des vrilles du pois). « Le semis simultané d’automne est un peu plus productif (+ 1,9 t de méteil et + 0,6 t d’herbe) car repasser au printemps casse un peu de pieds de céréales », indique Bertrand Daveau. Les essais portent désormais sur une récolte de méteil plus précoce, pour aller chercher de la qualité et favoriser une exploitation de la prairie dès le printemps.

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