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Dossier. Protection des maïs : des menaces et quelques nouvelles pistes

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Dégâts de taupins. Sur les quatre microgranulés efficaces contre les taupins, un seul n’est pas visé par la restriction de 20 mètres de dispositif végétalisé permanent (DVP). © SEBASTIEN CHAMPION

Malgré des risques de résistance qu’il ne faut pas ignorer, et une panoplie de produits qui se réduit, la protection herbicide ne pose, pour l’instant, pas de problèmes majeurs. La lutte contre les ravageurs apparaît plus complexe.

La culture du maïs fourrage fait peu appel aux produits phytosanitaires. Son IFT (indicateur de fréquence de traitement) n’est que de 1,5, parmi les cultures les moins consommatrices. Elle ne reçoit jamais de produits fongicides et rarement d’insecticides. L’helminthosporiose, quand elle est présente, se gère avec des variétés tolérantes, et la lutte contre la pyrale repose en priorité sur des mesures agronomiques...
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La culture du maïs fourrage fait peu appel aux produits phytosanitaires. Son IFT (indicateur de fréquence de traitement) n’est que de 1,5, parmi les cultures les moins consommatrices. Elle ne reçoit jamais de produits fongicides et rarement d’insecticides. L’helminthosporiose, quand elle est présente, se gère avec des variétés tolérantes, et la lutte contre la pyrale repose en priorité sur des mesures agronomiques. Pourtant, la protection du maïs reste sous la menace d’interdictions de molécules, de l’apparition de résistances et d’impasses techniques.

uHerbicides, une offre diminuée et des risques à court terme

La protection herbicide du maïs fourrage ne souffre pas, pour l’instant, d’impasses techniques mais la vigilance s’impose. Très peu de nouvelles molécules apparaissent et les gammes de produits ont tendance à se réduire. Le bromoxynil, utilisé fréquemment en rattrapage sur dicotylédones, devrait disparaître prochainement.

Parmi les rares nouveautés, l’homologation, il y a deux ans, d’une nouvelle triazine sur maïs : la terbuthylazine. Associé à la mésotrione (Calaris), cet herbicide est déjà largement présent dans les programmes de post-levée précoce. Sa bonne persistance et son spectre assez large n’ont pas tardé à séduire les partisans d’un seul passage. L’utilisation de cet herbicide est néanmoins limitée à une année sur deux dans la même parcelle, pour des raisons de protection des organismes du sol. « D’une manière générale, il est toujours souhaitable d’alterner les molécules utilisées, pour l’environnement mais aussi pour prévenir l’apparition de résistances », recommande Michel Moquet, d’Arvalis. Des cas de résistance sont déjà observés sur les graminées estivales – panic, sétaire, digitaire – et la destruction des ray-grass en post-levée pourrait devenir problématique à l’avenir.

L’utilisation répétée des sulfonylurées (matière active générique nicosulfuron, ou les herbicides­ Equip, Monsoon…) peut conduire à l’apparition de ces résistances. Contre­ les graminées, le maïs a l’avantage de disposer d’une autre famille d’herbicides avec les chloro­-acétamides (Camix, Dual Gold, Isard, Dakota-P), produits racinaires de pré-levée qui permettent une méthode de lutte différente des sulfonylurées utilisés en post-levée. Mais, assez fréquemment détectés dans l’eau, eux aussi sont menacés et font l’objet de recommandation d’usage par les firmes (exemple avec le S-métolachlore : pas plus de 1000 g/ha et par an, pas d’utilisation dans les aires d’alimentation de captage). « Dans les assolements fourragers, nous n’avons pas de problèmes majeurs pour désherber le maïs, mais les choses peuvent évoluer rapidement. Avec les programmes tout en post-levée, la lutte contre les graminées, notamment, devient plus difficile, et il existe un risque de résistances à court terme », avertit Michel Moquet.

uCombiner la chimie et le mécanique

D’autres modes de protection, intégrant notamment le désherbage mécanique, pourraient se développer à l’avenir. L’offre en matériel a beaucoup évolué et le guidage GPS par correction RTK permet de travailler plus vite et plus précisément. Car l’augmentation du temps de travail et le nombre limité de jours favorables au binage ont été, et restent, des freins à cet usage. L’expérience des éleveurs en agriculture biologique apporte aussi des références intéressantes.

Ainsi, la houe rotative apparaît l’outil incontournable pour détruire un maximum d’adventices en pré-levée de la culture. Mais il faut espérer quarante-huit à trente-six heures de beau temps après le passage de la houe pour une destruction complète. « Associé à un premier désherbage chimique, un second passage mécanique fonctionne bien et permet de réduire significativement l’usage des phytos. Il existe aussi d’autres méthodes, comme la pulvérisation en localisé sur le rang au moment du semis, qui sera suivie plus tard d’un passage de bineuse sur l’interrang », précise Michel Moquet. On peut aussi envisager une réduction de l’écartement des rangs de maïs de 75 à 50 cm. Cela permet une couverture plus rapide du sol, capable de limiter le développement des adventices sans nuire au rendement et à la qualité du fourrage.

uRavageurs : de moins en moins d’outils

2019 a été la première année d’interdiction de la protection de semence à base de néonicotinoïde : le Sonido. Conséquence : les surfaces de maïs protégées contre les ravageurs ont diminué (de 55 % à 33 %). Le seul traitement de semence encore commercialisé est le Force 20 CS, mais il n’a jamais montré son efficacité sur taupin dans les essais d’Arvalis. Contre le taupin, le ver gris et la scutigérelle, il existe toujours des solutions de lutte efficaces avec les microgranulés à base de pyréthrinoïdes, « si les conditions d’application sont bien respectées », rappelle Michel Moquet. C’est-à-dire l’utilisation d’un diffuseur qui positionne le produit dans tout le lit de semences, un sol pas trop motteux et suffisamment humide. D’ailleurs, le Force 1.5 G n’est plus à utiliser car il doit désormais être positionné à une profondeur d’au minimum 3 cm, donc sans employer de diffuseur ; cela diminue très sensiblement son efficacité.

Quatre autres produits en microgranulés ont un intérêt dans la lutte contre le taupin. Mais une seule matière active n’a pas la restriction de 20 mètres de dispositif végétalisé permanent (DVP) pour gérer le ruissellement en cas de présence d’un cours d’eau : la cyperméthrine (Belem 0.8 MG ou le Daxol). Malgré une puissance un peu moindre sur taupin, ces produits sont souvent privilégiés par les distributeurs. Karate 0.4GR, Trika Expert + et Fury Géo assurent une efficacité identique sur taupin, mais ils ont la contrainte d’un DVP de 20 mètres. À noter que Trika Expert + est présenté sur un support d’engrais starter (7/37/0), mais la dose de phosphore apportée se révèle insuffisante pour espérer obtenir un effet. Les micro­granulés assurent aussi une protection acceptable contre la mouche du semis. Mais contre la géomyze et l’oscinie, l’impasse technique est totale depuis 2019. Dernièrement, une nouveauté est apparue dans la protection des jeunes plans de maïs. Il s’agit du Success GR, un produit de bio-contrôle à base de spinosad, molécule d’origine naturelle issue de la fermentation bactérienne. Il est homologué contre les attaques de taupins et autorisé en agriculture biologique. L’efficacité du produit seul contre le taupin a été évaluée insuffisante par Arvalis, mais associé à des plantes appâts, il diminue très sensiblement la pression des attaques (50 % d’efficacité moyenne). Cette technique des plantes appâts est en phase de développement et des protocoles participatifs ont été proposés aux éleveurs. Il s’agit d’associer au maïs une céréale attractive pour le taupin qui détourne les attaques des larves. Il faut que la plante appât germe en même temps, ou un peu avant le maïs, que le grain soit placé suffisamment profond – entre 5 et 10 cm – et que la destruction intervienne rapidement (3 feuilles) pour ne pas créer de concurrence avec le maïs. « À propos du taupin, rappelons que ce ne sont pas forcément les semis les plus précoces qui sont les plus exposés aux attaques », insiste Michel Moquet.

u Les dégâts d’oiseaux et de gibier

Dans de nombreuses régions, les premiers ravageurs du maïs sont les oiseaux. Les dégâts des corbeaux, corneilles ou choucas imposent de nombreux re-semis. Le thirame, répulsif employé en traitement de semences, a été interdit à la vente en 2019. Il ne reste que le zirame (Korit 420 FS) pour se protéger. Mais l’efficacité est partielle, et toujours insuffisante en cas de population importante d’oiseaux. Le classement toxique de ce produit freine, par ailleurs, son utilisation. « Il y a peu d’espoir de voir apparaître un nouveau produit répulsif vraiment efficace. La lutte ne peut être que collective, à l’échelle d’un secteur, pour réguler les populations », précise Michel Moquet. Il souligne aussi les dégâts toujours plus importants liés aux sangliers. Il existe des répulsifs à base d’huile de poisson ou de poivre (Stop Sanglier Plus) qui sont homologués pour la protection contre le gibier. Utilisés en bord de champ, ils auraient une certaine efficacité, à confirmer. Et même s’ils sont efficaces, ces répulsifs ne font que déplacer le problème.

Dominique Grémy
L’option mécanique. Associer un premier désherbage chimique à un second passage mécanique permet de réduire significativement l’usage des phytos. © Christian Watier
Dégâts d’oiseaux. C’est souvent la première cause de re-semis. Il ne reste qu’un seul répulsif disponible et son efficacité est partielle. © Christian Watier
Résistances. Avec les programmes tout en post-levée, il existe un risque de résistance à court terme. © SéBASTIEN CHAMPION
Qualité sanitaire. Prévenir le risque mycotoxine

Le risque mycotoxine n’est pas à négliger sur le maïs fourrage. Certes, les ruminants sont moins sensibles que les monogastriques, mais les effets négatifs sur la santé ou la production des vaches laitières existent. Le coût des capteurs de toxines à incorporer dans les rations est élevé : 0,20 à 0,25 € par vache et par jour. D’où l’intérêt d’agir en amont. L’observatoire de la qualité sanitaire des maïs réalisé par Arvalis relève des teneurs faibles en mycotoxines dans les maïs fourrages récoltés en France. On note que le déoxynivalénol (DON) et la zéaralénone (ZEA) sont fréquemment présents, mais très rarement au-delà du seuil recommandé. L’épi est généralement moins contaminé et les mycotoxines se propagent dans le temps depuis les tiges et les feuilles vers les épis. Les facteurs de risque pour le DON et la ZEA sont bien identifiés : une date de récolte tardive, le non-labour, le broyage insuffisant des résidus, mais aussi la présence d’insectes foreurs. En maïs grain, il est primordial de broyer les résidus de récolte suffisamment fins (4-5 cm) et de les enfouir au moins dans les premiers centimètres du sol. En maïs fourrage, le broyage se justifie en cas d’attaque de pyrale, les chaumes pouvant encore abriter des larves.

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