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Dossier. « Des pratiques pour maintenir le lait et les taux en été »

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Alimentation. , explique Nadège Poumaere. © J.P.

Pour lutter contre la baisse des taux, Nadège Poumaere a mis fin au pâturage estival, et met en pratique une somme de détails visant à stimuler l’ingestion au cours de cette période.

Le territoire de Flandre, dans le département du Nord, n’est a priori pas le plus concerné par le stress thermique. Pourtant, des pics de chaleur à 41 °C, enregistrés en juillet, montrent que cette problématique est ici aussi une réalité, dont les effets se font ressentir sur la qualité du lait, en particulier au niveau de la chute du TB.
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Le territoire de Flandre, dans le département du Nord, n’est a priori pas le plus concerné par le stress thermique. Pourtant, des pics de chaleur à 41 °C, enregistrés en juillet, montrent que cette problématique est ici aussi une réalité, dont les effets se font ressentir sur la qualité du lait, en particulier au niveau de la chute du TB.

« Compte tenu de la baisse du prix de base en Belgique [NDLR : 305 €], nous avons modifié la conduite du troupeau en 2019 pour éviter la baisse de taux en été, explique Nadège Poumaere. C’est d’autant plus essentiel lorsqu’on travaille avec une coopérative, Milcobel, qui rémunère le lait à la matière utile livrée. La régularité des taux est aussi le signe d’une meilleure santé, à une période où les fortes chaleurs entraînent souvent des retards de mise à la reproduction. » En 2019, l’éleveuse et ses associés ont donc décidé l’arrêt du pâturage. Jusqu’alors, la mise à l’herbe des 120 vaches du troupeau se faisait pendant toute la période estivale, sur un bloc de 8 ha de prairies divisé en deux parcelles, entre 10 heures et 15 heures, c’est-à-dire aux heures les plus chaudes de la journée. Une surface davantage destinée au bien-être animal et à la santé des pieds de vaches logées en stabulation sur caillebotis, en système de traite robotisée (trois stalles GEA).

De l’enrubannage toute l’année

Au niveau sanitaire, l’arrêt du pâturage ne s’est pas fait ressentir : « On constate même moins de problèmes de pieds, car la mise à l’herbe se faisait sur des sentiers de mauvaise qualité, précise l’éleveuse. Il y a aussi moins de mammites. » Dans le détail, le taux cellulaire moyen entre les deux exercices est assez similaire : 193 000 et 229 000 cellules en juillet-août 2018, contre 202 000 et 205 000 en 2019 sans pâturage.

L’arrêt de la mise à l’herbe s’accompagne de l’établissement d’une ration unique distribuée toute l’année. Elle intègre une part plus importante d’enrubannage brins courts (récolte rot-cut), grâce à la fauche des 8 ha d’herbe jusqu’alors dédiés au pâturage et à l’implantation de dérobées de type ray-grass italien-trèfle. La fibrosité de cette herbe conservée, récoltée jeune, est associée à un maïs plus mûr, riche en grains, mais à l’amidon moins acidogène, et à des betteraves fourragères : « Elles ont le double avantage de soutenir le TB et de faire lever les vaches pour venir manger. » Pour stimuler l’ingestion en été, l’éleveuse repousse la ration cinq à six fois par jour ; elle apporte du bicarbonate pour faire saliver et inciter à boire dans l’un des cinq abreuvoirs qu’elle vidange et lave tous les jours. Un silo d’été plus étroit (10 mètres) assure aussi une avancée du tas plus rapide, afin de mieux préserver la fraîcheur de la ration.

Plus de taux en réduisant le risque de subacidose

Ainsi, la ration semi-complète distribuée deux fois par jour à la mélangeuse se compose, en été, de 11 kg MS de maïs, 3 kg d’enrubannage, 4,5 kg de pulpe surpressée et 0,8 kg de correcteur (en hiver : 1,5 kg de betteraves remplace une part équivalente de pulpe). Sur ce modèle, malgré l’arrêt du pâturage, le coût alimentaire a diminué : il est passé de 134 € en 2018 à 111 €/1 000 litres en 2019, grâce à la baisse de concentré apporté au robot de traite, soit de 220 g à 169 g/litre. « J’avais tendance à forcer un peu sur le concentré pour soutenir la production en été ce qui, en fin de compte, se révèle pénalisant pour le TB. Malgré mes craintes, avec 20 à 30 % de concentrés en moins au cours de cette période délicate, la qualité de la ration de base a permis de gagner du lait et des taux. »

C’est bien l’ingestion de cette ration de base qui permet de réduire les concentrés, et donc le risque acidogène accru à une période où les vaches en perte d’appétit ont tendance à trier à l’auge. Résultat : malgré les températures records enregistrées fin juillet, le TB est resté constamment au-dessus de 38 et le rapport TB/TP dans une fourchette optimale comprise entre 1,22 et 1,26 (voir graphique). Pour passer le cap de l’été en bâtiments, six ventilateurs achetés d’occasion (100 € pièce) auprès d’un producteur de volailles en arrêt d’activité ont été installés au printemps. « Les devis à 10 000 € nous ont paru excessifs dans notre contexte, indique Nadège. Nous avons donc profité de cette opportunité d’acheter d’occasion. Trois ventilateurs ont d’abord été installés au-dessus du couloir d’alimentation, toujours dans l’idée d’inciter les vaches à venir manger. Mais elles restaient debout dans le couloir. Trois supplémentaires ont ensuite été positionnés au-dessus des logettes (matelas + asséchant). Ils sont orientés dans le sens opposé pour créer un courant d’air, ce qui a conduit à une meilleure répartition des animaux. » Afin de ne pas créer d’embouteillages devant le robot de traite, l’aire d’attente n’a pas été équipée. Nadège passe cependant beaucoup plus de temps chaque jour à pousser les vaches au robot en été pour réussir à maintenir une fréquentation de 2,5 traites/jour. Les ventilateurs sont mis en route manuellement dès 23 °C entre 10 heures et 19 heures, exceptionnellement la nuit lors des épisodes de canicule. En juillet-août, leur fonctionnement génère une hausse de 30 % de la consommation électrique. L’investissement dans un dispositif de mise en route automatique est déjà programmé et, en vue de l’été 2020, les associés ont prévu d’ôter le bardage bois sur tout le pan sud de la stabulation.

La préparation au vêlage sur aire paillée

Fini aussi le parcours estival pour les vaches taries. Trois box en aire paillée ont été aménagés dans un bâtiment de stockage, où, désormais, elles suivent une phase de préparation au vêlage de trois semaines avec une ration comprenant 13 kg bruts de maïs, 3 kg de paille, 1,9 kg de correcteur, 800 g de farine de maïs, 40 g de chlorure de magnésium et un bolus enrichi en vitamines et oligoéléments. « Revoir l’élevage des taries a réglé le problème de kystes aux ovaires, fréquents après vêlage en raison du déficit énergétique. Il y a ainsi moins de décalage de mise à la reproduction cet été. Mais le fait de ne plus sortir mes vaches me pose un peu un cas de conscience vis-à-vis de leur bien-être, reconnaît Nadège. Il faudra peut-être réfléchir à un parcours extérieur accessible aux heures les plus fraîches via l’installation d’une porte de tri. »

Jérôme Pezon
Appétence. En été, les abreuvoirs sont vidangés et nettoyés tous les jours. © j.p.
tEn vue de l’été 2020, tout le bardage bois du pan sud sera retiré. © j.p.
uDeux rangées de trois ventilateurs installés au-dessus de l’aire d’alimentation et des logettes sont orientées dans un sens opposé pour créer un courant d’air. © j.p.
tFini le parcours extérieur pour les taries. Trois box ont été aménagés, avec une phase de préparation au vêlage de trois semaines. © j.p.
Ingestion. Réflexions d’éleveurs pour passer l’été

Dans le cadre du programme transfrontalier Protecow, Avenir Conseil Élevage anime un groupe franco-belge de dix-huit éleveurs. Voici la liste des pratiques issues des échanges au sein du groupe en vue de lutter contre­ les effets du stress thermique.

Distribuer le repas le soir entre 17 heures et 19 heures. Le gros de la ration (60 %) est apporté en fin d’après-midi, elle chauffe moins et les vaches profitent de la fraîcheur du soir pour s’alimenter. Pour rappel, la vache rumine deux heures après son repas, il faut éviter de provoquer ce phénomène aux heures chaudes de la journée.

Limiter l’échauffement de l’ensilage. Tout faire pour donner un repas le plus frais possible, via un avancement minimum du silo (retenir 10 cm par tranche de 10 °C), un front d’attaque net pour limiter les entrées d’air et, bien sûr, ne pas trop débâcher. Les jours chauds, certains vont jusqu’à avancer plus vite sur le haut du silo (avancement doublé sur cette partie moins tassée). D’autres ajoutent de l’acide propionique dans la mélangeuse pour empêcher les reprises en fermentation.

Donner du bicarbonate de sodium (100 à 120 g/VL/jour). Cela permet de compenser les pertes de minéraux par évaporation lors des fortes chaleurs (>30 °C). Le bicarbonate vise aussi à inhiber l’acidose, à une période où les vaches en perte d’appétit ont tendance à trier les aliments à l’auge et à augmenter la Baca pour stimuler l’ingestion.

Décaler les pics de lactation. Choix de ne pas avoir de pic de lactation pendant les fortes­ chaleurs.

Assurer le confort des taries. Prévoir suffisamment d’espace et d’ombrage pour les vaches taries. C’est un aspect essentiel pour un bon démarrage en lactation. Le stress thermique en fin de gestation pénalise le renouvellement du tissu mammaire et donc le potentiel de production en lactation.

Renouveler l’eau régulièrement. Tout faire pour maximiser l’abreuvement. Sous l’effet des fortes chaleurs, l’appétence de l’eau stagnant dans les abreuvoirs se dégrade rapidement (développement bactérien accéléré). Il s’agit donc de nettoyer les points d’eau plus souvent et de la renouveler quotidiennement dans les bacs.

Adapter le pâturage à la pousse de l’herbe. Comme les hommes, pendant les pics de chaleur, l’appétit des animaux est réduit. Aussi, l’idée est de sortir les vaches aux heures­ les plus fraîches, en adaptant le temps de pâturage à l’herbe disponible. Prenons­ l’exemple d’un troupeau disposant de 8 ares/vache au mois de juin, avec une pousse de 30 kg MS d’herbe/ha/jour : 8 x 30/100 = 2,4 kg d’herbe/VL/jour, soit 2,5 à 3 heures de sortie quotidienne, sachant que l’ingestion au pâturage est de l’ordre de 1 kg MS/heure. Selon les éleveurs du groupe, le pâturage de nuit contribuerait aussi à refroidir le bâtiment.

Laisser les fins de lactation en prairies. Cela contribue à réduire la concentration animale dans le bâtiment.

L’avis de…
« Le rapport TB/TP est un indicateur de santé métabolique » L’avis de… Benoît Verrièle, spécialiste nutrition chez Avenir Conseil élevage

« Le stress thermique se traduit souvent par une recrudescence des problèmes métaboliques dont les effets sur la production et la reproduction peuvent se faire sentir plus d’un mois après les pics de chaleur. Sur ce point, le rapport TB/TP est un très bon indicateur à suivre : en été, toutes les actions favorables au maintien de ce rapport entre 1,2 et 1,3 seront bénéfiques pour la santé métabolique des animaux, et cela n’a pas de prix. Ne vous autorisez pas un rapport en deçà de 1,2, signe d’une situation de subacidose (au-delà de 1,3, un manque d’énergie).

Dès lors, maintenir les taux en été repose sur un ensemble de détails, et notamment sur la stabilité des ingrédients de la ration. C’est pourquoi je recommande de toujours maintenir une part d’ensilage d’herbe préfanée dans la ration, même en saison de pâturage, car l’herbe pâturée a une fibrosité insuffisante. Selon la même logique, avec un robot de traite, si l’on constate une baisse de consommation à l’auge, il est préférable de réduire un peu le concentré pour éviter la subacidose. Mais si toutes les conditions ne sont pas réunies, il faut se demander s’il est pertinent de s’obstiner à avoir des pics de lactation lors des fortes chaleurs. »

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