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Dossier. Dans le Doubs, les OPA jouent la synergie… et ça marche

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Face-à-face. L’audit Agrilean commence par un rapide tour de l’exploitation, suivi d’un face-à-face d’environ trois heures et demie entre les conseillers et le responsable de l’exploitation. Ici  © j.-m.v.

Depuis sept ans, le CER, le Conseil Élevage et la chambre d’agriculture du Doubs mettent leurs compétences en commun pour proposer aux éleveurs d’optimiser leur EBE.

Le bon sens le dictait. Les éleveurs en rêvaient. Les responsables des OPA du Doubs et Territoire de Belfort l’ont fait. Le résultat est une démarche quasi unique dans l’Hexagone : un service de conseil aux exploitations laitières où le CERFrance­ Alliance Comtoise, Conseil Élevage 25-90 et la chambre d’agriculture du Doubs et Territoire de Belfort travaillent de concert. Pas question ici, comme c’est parfois le cas...
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Le bon sens le dictait. Les éleveurs en rêvaient. Les responsables des OPA du Doubs et Territoire de Belfort l’ont fait. Le résultat est une démarche quasi unique dans l’Hexagone : un service de conseil aux exploitations laitières où le CERFrance­ Alliance Comtoise, Conseil Élevage 25-90 et la chambre d’agriculture du Doubs et Territoire de Belfort travaillent de concert. Pas question ici, comme c’est parfois le cas, d’embaucher pour aller chercher les compétences que l’on n’a pas et empiéter sur le terrain du voisin. Pas de doublons, donc, dans le Doubs.

L’angle d’attaque d’Agrilean – nom de ce service – est, il est vrai, très économique. Il s’agit d’améliorer l’EBE à système constant, ou de jauger la capacité financière à faire face à des projets (investissements, embauche d’un salarié…). Or, dans ce domaine, données comptables, fiscales, techniques et cohérence globale du système ont toutes leur importance. Il était donc logique de mettre les compétences de ces OPA en commun. Encore fallait-il franchir le Rubicon.

La démarche démarrée en 2012 fait des émules

Pour la petite histoire, c’est sous l’impulsion d’un Agridiff que le premier Agrilean officieux s’est construit. Lassé de devoir transmettre aux conseillers intervenants chez lui leurs messages mutuels, l’agriculteur les invite à la même table. La rencontre est bénéfique pour tous, l’expérience réitérée ailleurs, jusqu’à se formaliser quatre ans plus tard. La marque Agrilean est déposée mi-2009, et une offre de services communs lancée en 2012 dans le Doubs. Depuis 2019, elle est proposée aussi en Haute-Saône et dans le Jura. Mais qu’a-t-il fallu au Doubs pour réussir ce challenge de faire travailler en synergie, depuis 2012, des conseillers d’OPA différentes ? Voyez-y la vision éclairée d’un directeur commun à la chambre d’agriculture et au centre de gestion, à l’époque, qui a impulsé les mouvements. Chaque structure a, depuis, retrouvé son propre directeur général, des présidents ont changé, mais la philosophie est restée. « Travailler collectivement est dans l’ADN des Francs-Comtois », résume Philippe Grosperrin­, directeur de Conseil Élevage 25-90. On n’est pas pour rien au pays des fruitières.

Comme toute initiative, certains points ont été ajustés. Au départ, tous les conseillers de secteur étaient susceptibles de participer, en sus de leur activité de contrôleur laitier ou de comptable. Depuis quelques années, ce sont des conseillers spécialisés, rompus à l’exercice, qui s’y collent. On leur a dégagé du temps pour cela. Trois sont de la chambre d’agriculture, six de Conseil Élevage 25-90 et sept du CERFrance­.

À l’instar d’Aline Robert, de Conseil Élevage, ces conseillers suivent une formation spécifique, qui « les rode à travailler collectivement avec d’autres métiers que le leur et sans concurrence, pour s’enrichir mutuellement. Ils ont aussi comme défi de faire accepter par leurs propres collègues de secteur le plan d’actions décidé par Agrilean. Car ce sont ces derniers qui, au contact régulier des exploitants, les inciteront à l’appliquer. » Pour sa part, Aline intervient environ deux fois par mois sur un Agrilean. C’est l’objectif actuel donné aux conseillers, afin de répondre à la demande mais aussi de bien maîtriser la démarche. La situation de Fabienne Viprey, conseillère d’accompagnement au CERFrance­, est plus atypique. Elle en réalise un par semaine.

En sept ans, près de 600 Agrilean auront été conduits, soit un quart des exploitations du Doubs et du Territoire de Belfort. Une étude menée en 2017 sur 27 exploitations en lait AOP comté ayant suivi la démarche les trois premières années, chiffrait à 30-40 €/1 000 l le gain moyen d’EBE réalisé (hors effets conjoncturels comme l’augmentation du prix du lait).

Agrilean, en mode audit ou projet

L’essentiel des prestations Agrilean se réalise en mode audit, qui répond à des problématiques remettant surtout en cause les pratiques. Il mobilise les trois conseillers durant une journée et demie. Tout commence par une réunion où ils partagent et analysent les données dont ils disposent déjà sur le cas à étudier, avec les suivis de gestion, les bilans de contrôles laitiers ou fourragers. Dans la foulée, ils visitent l’exploitation avec un rapide tour des installations, avant une réunion studieuse avec le ou les exploitants. Durant ce face-à-face de trois bonnes heures, chaque conseiller met le doigt sur les points forts et faibles, échange avec l’agriculteur sur ce qu’il devrait ajuster… Cela pour aboutir à une simulation économique et un plan d’actions. Le tout en live, un exercice qui demande aux conseillers beaucoup d’agilité et de réactivité. Sous huit jours, un compte rendu écrit est transmis à l’exploitant, qui a ainsi tous les éléments pour décider. Cet audit prévoit aussi une seconde visite au moins un an après, pour faire le point sur les modifications de pratiques engagées et les résultats.

L’Agrilean Projet, lui, cible des questions touchant aux données structurelles de l’exploitation (installation, agrandissement, fusion de troupeaux…). Il n’y en a pas plus de dix par an. Visite de l’exploitation par les trois conseillers pour compléter leurs renseignements, réunion de travail entre eux pour évaluer l’optimisation du système, et réaliser un prévisionnel de l’EBE pour le situer par rapport aux hypothèses d’évolution. Le travail peut demander une journée et demie à deux jours. S’y ajoute la restitution aux agriculteurs faite dans les quinze jours, soit une réunion d’échange d’une demi-journée.

« Évaluer ma capacité à digérer un bâtiment neuf »

Agrilean s’appuie aussi sur une méthode de diagnostic originale, simple et rapide. Un travail de recherche, précédemment mené par la chambre d’agriculture du Doubs, a en effet permis de cibler les facteurs permettant, dans les systèmes lait AOP du massif jurassien comme en lait standard de plaine, d’optimiser l’EBE. Ils se comptent sur les doigts d’une main. Il s’agit, pour le secteur plateau montagne, du lait par vache, des quantités de concentrés distribuées par litre de lait, du taux d’élevage, de la part de prairies temporaires et du type de sol (1). C’est en croisant ces facteurs avec les niveaux d’intensification des surfaces (moins de 3 000 l de lait par hectare, de 3 000 à 4 000 l, et plus de 4 000 l) que la cohérence de l’exploitation est évaluée.

Installé à Fuans, Vincent Cattet vient d’expérimenter un audit Agrilean. La problématique de cet éleveur de 45 ans, en individuel, sur 60 ha avec 34 montbéliardes en lait à comté : améliorer ses conditions de travail. Si les veaux sont menés dans une nurserie récente, les laitières sont à l’attache dans une entravée de 1972, équipée d’un pipeline. D’où son idée d’une stabulation neuve collée à l’actuelle cellule de stock­age du foin en vrac, et d’y ajouter un séchage solaire. Pour autant, à 9 200 €/VL logée ici, Vincent sait sa marge de manœuvre étroite s’il veut maintenir son niveau de rémunération pour faire vivre sa famille avec trois enfants.

De la discussion avec les conseillers, il a retiré que son projet serait envisageable à trois conditions : améliorer son EBE, attendre 2024 pour supporter les annuités supplémentaires­, ajuster la taille du bâtiment dont il rêvait, en différant sans doute l’investissement dans le séchage solaire. Aujourd’hui de l’ordre de 73 000 €, l’EBE pourrait ici être optimisé à 93 300 €. La marge de progrès est énorme, et son principal levier facile à actionner : le taux d’élevage. Il est hors norme : 88 %, avec 30 génisses/an grâce à l’IA sexée, les bêtes non vêlées étant vendues gestantes à l’export.

« Avec 13 génisses qui assurent déjà un taux de renouvellement élevé, vous allez pouvoir réduire votre travail, faire des économies de concentrés, de frais d’élevage et vétérinaires, vous passer d’acheter de la paille alimentaire et sécuriser votre bilan fourrager », lui a-t-on expliqué. Limiter son taux d’élevage à ses stricts besoins, ainsi que le nombre de génisses élevées pour l’export, est aussi le gage, pour lui, d’un nombre de places suffisant dans le futur bâtiment, plus petit donc moins coûteux.

Jean-Michel Vocoret

(1) En lait standard de plaine, interviennent la part de maïs dans la ration et le niveau génétique laitier du troupeau.

Élevage. Qu’on soit en lait AOP comté en montagne ou en lait standard en plaine, le taux d’élevage est un des facteurs clés de l’efficacité économique de l’exploitation. © j.-m.v.
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