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« Notre production est calée sur nos contraintes et nos envies »

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Montagne. À 1 050 mètres d’altitude, Alexandre et Jérôme Chabot ont limité leur développement à 38 vaches pour contenir les investissements et le travail. © Reportage photo : Sylvain Frappat

Installés en haute montagne, Alexandre et Jérôme Chabot ont construit un système rentable en renonçant à se développer. Aujourd’hui en vitesse de croisière, ils sont heureux d’avoir suivi cette voie.

En cette mi-mai, le bleu du ciel fait ressortir le vert des prairies comme le blanc des sommets enneigés qui les entourent. Nous sommes à 1 050 mètres d’altitude, dans le Champsaur (Hautes-Alpes), chez Alexandre et Jérôme Chabot.
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En cette mi-mai, le bleu du ciel fait ressortir le vert des prairies comme le blanc des sommets enneigés qui les entourent. Nous sommes à 1 050 mètres d’altitude, dans le Champsaur (Hautes-Alpes), chez Alexandre et Jérôme Chabot.

« Les gelées peuvent se produire de mi-août à fin juin. En vingt-quatre heures, l’amplitude thermique peut atteindre 30 °C au printemps. Notre climat est à la fois montagnard et méditerranéen », résume Alexandre. Si la pluviométrie s’élève en moyenne à 1 200 mm, les étés sont secs. Et surtout, la variabilité est forte d’une année sur l’autre. Nourrir des vaches ici implique de réussir les stocks au printemps. « Nous avons construit un système adapté à ces contraintes, avec un objectif de revenu et de maîtrise de la charge de travail », explique Jérôme. Les deux frères ont toujours souhaité s’installer mais l’exploitation familiale était trop petite. Tous deux ont donc d’abord travaillé à l’extérieur. Alexandre s’est installé en Gaec avec sa mère en 1997 lorsque son père a pris sa retraite. Jérôme l’a rejoint en 1999 quand sa mère est partie à son tour.

« Nous n’avons jamais produit notre référence laitière »

« Notre quota est monté de 240 000 l à 290 000 l mais nous n’avons jamais produit la totalité », précise Jérôme. Les parents avaient construit un bâtiment pour les laitières en 1976, avec une aire paillée et un libre-service­. Les génisses étaient logées dans de petites étables, un peu plus loin dans le village. Le travail était fastidieux. Ramener les élèves sur le site principal était nécessaire pour gagner du temps. En 2002, les vaches sont passées en logettes sur caillebotis (47 places), et un appentis a été construit pour les génisses. « Nous avons beaucoup­ réfléchi à la taille optimale du troupeau. Un agrandissement important supposait des investissements lourds et plus de travail, sans améliorer le revenu. Nous avons préféré rester modestes et conserver le statut du forfait. » En 2003, les éleveurs ont construit la fosse à lisier et, en 2004, un silo pour l’herbe. Au total, l’investissement dans le bâtiment se monte à 250 000 €, financés pour un tiers par des subventions (PMPOA), un tiers par de l’autofinancement et un tiers par des prêts. Cette clé de répartition correspond à une règle qu’ils se sont fixée. De plus, ils ont volontairement plafonné leur encours bancaire à 15 000 €/an. Les investissements ont donc été étalés dans le temps. Les renouvellements de matériel ont suivi, pour un montant total de 290 000 € : deux tracteurs, une tonne à lisier, une remorque, le matériel de fenaison, un combiné de semis et une charrue. « Ces outils sont nécessaires mais font peu d’heures. On les amortit à l’échelle de notre carrière. C’est plus intéressant que de travailler avec la Cuma. » L’effectif prévu de 47 vaches n’a jamais été atteint. En effet, l’appentis des génisses s’est révélé trop petit. Les plus grandes occupent donc une partie de la stabulation des vaches, dont le nombre est resté à 37-38. Au début des années 2000, le lait était bien payé. Les éleveurs ont cherché à augmenter la productivité du troupeau. Le maïs est entré dans la rotation en 2004. Avec des variétés précoces (indice 210 à 240), le rendement se situe autour de 10 tMS. Et ils ont acheté du tourteau pour stimuler la production. « On achète à plusieurs et à terme, pour obtenir de meilleurs prix », explique Jérôme. Ils ont aussi commencé à faucher l’herbe à un stade précoce pour en améliorer la qualité.

Pas de fourrage sans irriguer

L’irrigation est indispensable pour les pâtures et le maïs. Des canaux permettent d’arroser par submersion sur 20 ha proches du bâtiment. Plus loin, 6 ha sont irrigables par aspersion. Sur les parcelles accessibles au pâturage, la productivité est nécessaire. 70 % de cette surface sont labourés régulièrement. L’assolement prévoit du maïs pendant un à trois ans, puis des céréales sous couvert de luzerne et dactyle ou de sainfoin. Jérôme et Alexandre pratiquent l’affouragement en vert. « On distribue le soir et les vaches ne sortent pas la nuit », précise Alexandre. Cela permet de fournir un maximum d’herbe au stade optimal. Huit hectares de prairies irriguées sont exploités en pâturage tournant avec des paddocks d’un jour au printemps. Deux hectares de luzerne entrent dans le cycle de pâturage en juillet, quand la pousse ralentit. Ces parcelles sont fauchées au printemps. Au pâturage, les vaches reçoivent 1 à 2 kg de concentré fermier (orge-triticale). « Nous cherchons à produire au maximum pendant cette période, où le coût alimentaire est faible. » Jérôme participe aux journées de formation de la chambre d’agriculture. « Même sur des thèmes basiques comme le pâturage, j’apprends toujours. » La mise à l’herbe a été avancée à fin avril pour allonger la saison.

Les vaches rentrent à l’étable mi-octobre. La conduite devient plus intensive en hiver. Jérôme concocte une ration de base à 24-25 kg de lait : 14 kg brut d’ensilage d’herbe, 22 kg brut d’ensilage de maïs, 3 kg de foin (regain), 2 kg de céréales, 2 kg de soja, 80 g de minéral. Les vaches reçoivent une complémentation individuelle. « La ration hivernale coûte plus cher mais les premiers kilos de concentré sont très efficaces. Ils nous permettent d’amortir le coût des fourrages. »

La ration est distribuée à la mélangeuse. En 2010, les éleveurs ont investi dans un hangar proche des silos et du bâtiment pour y stocker tous les aliments. « Avant, les produits étaient répartis et on perdait du temps », se souvient Alexandre. Ces travaux s’inscrivent dans un plan d’amélioration des bâtiments. La salle de traite a été réaménagée pour passer de 2 x 3 à 2 x 4.

L’exploitation a pris alors sa configuration actuelle, qui permet d’optimiser l’organisation du travail. Les deux frères travaillent ensemble le matin. Mais un seul s’occupe des animaux le soir, un jour sur deux. Ils s’arrangent pour les week-ends et prennent deux fois dix jours de congé par an.

Aujourd’hui, les vaches produisent en moyenne 6 300 l de lait. Les vêlages sont étalés pour mieux gérer la charge de travail, mais aussi pour éviter de produire du lait payé au prix B. « Le quota récupéré lors de l’installation nous sert à disposer d’une marge. Tout notre lait est payé en A », note Jérôme.

Le lait est collecté par Sodiaal mais il est destiné à une petite laiterie, La Fermière, qui fabrique des yaourts. Elle verse des primes complémentaires qui représentent un bonus potentiel de 24 €/1 000 l. Depuis 2018, un tunnel de prix a été instauré, entre 369 et 399 €. L’élevage a perçu 4 000 € à ce titre début 2019.

« Les aides publiques font partie du contexte »

Les éleveurs maximisent le produit de la vente des veaux grâce au croisement charolais. Mais c’est surtout par la maîtrise permanente des charges qu’ils améliorent leur marge. Cette rigueur conduit à un prix de revient de 327 €/1 000 l. Le coût de production se situe, lui, à 681 €/1 000 l. Les deux frères se placent bien par rapport à leur groupe. Ils sont satisfaits de leur revenu mais reconnaissent que l’équilibre économique est lié aux aides. « Elles compensent nos handicaps naturels et font partie du contexte dans lequel on a bâti notre système. Si elles disparaissaient, on apprendrait à s’en passer. » Aujourd’hui âgés de 59 et 56 ans, Jérôme et Alexandre ne s’inquiètent pas du devenir de leur exploitation. Leurs enfants ont suivi d’autres chemins mais eux se sentent capables de continuer quelques années. Et du fait de sa dimension relativement faible et de sa viabilité, leur outil pourrait très bien séduire un jeune.

Pascale Le Cann
Bâtiments. Les deux frères ont agrandi l’étable aménagée par leurs parents en 1976 et construit un hangar pour regrouper les aliments et le matériel. © Sylvain Frappat
. © Sylvain Frappat
Le bâtiment des laitières est aménagé en logettes sur caillebotis. Elles y restent en permanence de mi-octobre à fin avril. La ventilation est correcte mais il peut geler à l’intérieur. L’état de santé du troupeau est bon, de même que les performances de reproduction. Il y a trois ans, l’élevage a connu une flambée de mammites dues à un staphylocoque doré. Le problème a été résolu avec le vétérinaire en revoyant l’hygiène de traite. © Sylvain Frappat
. Les vaches pâturent des paddocks d’un jour aménagés sur 8 ha au printemps et 10 en été. Les éleveurs ont avancé la date de mise à l’herbe au printemps pour mieux bénéficier d’un coût alimentaire bas. En octobre, la date de rentrée dépend des températures. Le gel des prairies, surtout avec des légumineuses, engendre des problèmes métaboliques chez les vaches. © Sylvain Frappat
La salle de traite 2 x 4, rénovée en 2010, permet à un éleveur de faire le travail seul. Chacun s’en charge un soir sur deux, ce qui libère la soirée pour l’autre. © Sylvain Frappat
Les éleveurs ont imaginé un support en hauteur pour poser des seaux à tétines devant les veaux. Les trous, volontairement petits, obligent les veaux à têter et donc à saliver longtemps. Cela favorise la digestion. Pour faciliter le travail, ils sont regroupés dans des petits lots en fonction de leur âge. © Sylvain Frappat
L’eau vient d’un torrent et est acheminée vers les parcelles © Sylvain Frappat
Les éleveurs distribuent de l’herbe fraîche récoltée à l’autochargeuse tous les soirs. Cette pratique permet de valoriser les prairies non accessibles par le troupeau et d’enrichir la ration avec un fourrage de qualité. Les vaches ne sortent pas la nuit. La machine est ancienne mais fonctionne bien et est adaptée à la taille du troupeau. Elle réclame des frais d’entretien de l’ordre de 1 000 € tous les deux ou trois ans. © Sylvain Frappat
Génisses. Tout l’été en alpage

Les génisses montent en estive fin juin, à 2 000 m d’altitude. Celles qui sont nées l’année précédente n’y vont plus à cause des loups. Les taries restent en bas car le dénivelé est trop rude. Les génisses disposent de 90 ha clôturés (60 ha hors buissons) pour une vingtaine. Les éleveurs passent les voir une fois par semaine. Celles qui arrivent à terme redescendent avant de vêler. Sinon, il est difficile de les récupérer. Le groupe redescend fin septembre, selon la météo. Car l’accès s’effectue par un chemin forestier qui devient impraticable en cas de neige. Elles pâturent ensuite les prairies qui ont été fauchées et rentrent à l’étable un mois après les vaches. Elles sont nourries au foin en hiver. La valorisation des alpages permet d’augmenter la surface fourragère pour un loyer annuel de 611 €. Ces surfaces sont prises en compte pour le calcul de l’ICHN (indemnité de compensation des handicaps naturels) et augmentent donc le droit à prime des éleveurs. Cette conduite extensive impose un vêlage à 3 ans.

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