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Les traitements ne pénalisent pas la biodiversité des sols

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Collaboration. Dans le Finistère, 200 agriculteurs, représentatifs de tous les types de production, travaillent depuis plus de vingt ans sur l’agriculture de conservation des sols, en partageant leurs expériences. © CRAB

Synergie. La faune du sol est une alliée précieuse de l’agriculteur. L’absence de labour et les couverts permanents la favorisent. Et les traitements chimiques ne semblent pas lui nuire.

Depuis 1999, un groupe d’agriculteurs finistériens travaille sur l’agriculture de conservation des sols. Ils sont 200 aujourd’hui et représentent la diversité de l’agriculture de ce département : élevages bovins ou hors sol, grandes cultures ou production de légumes. La plupart des fermes se trouvent sur des sols limoneux, sensibles à la battance et à l’érosion. Tous ont commencé par simplifier...
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Depuis 1999, un groupe d’agriculteurs finistériens travaille sur l’agriculture de conservation des sols. Ils sont 200 aujourd’hui et représentent la diversité de l’agriculture de ce département : élevages bovins ou hors sol, grandes cultures ou production de légumes. La plupart des fermes se trouvent sur des sols limoneux, sensibles à la battance et à l’érosion. Tous ont commencé par simplifier le travail du sol pour gagner du temps et réduire leurs coûts. Ils sont entrés dans le groupe pour partager leurs expériences et éviter les erreurs. Aujourd’hui, un tiers pratique le semis direct et les autres ont adopté des techniques culturales simplifiées (TCS). Conseiller en agronomie à la chambre d’agriculture, Jean-Philippe Turlin­ les accompagne. « Après avoir beaucoup travaillé sur les couverts végétaux, le désherbage et la fertilisation, les agriculteurs du groupe se sont interrogés sur la biodiversité. » Une préoccupation logique car quand on ne laboure pas, ce sont les vers de terre qui font le travail. « Ce sont nos ouvriers. Nous devons bien les connaître pour en prendre soin. » L’idée était d’évaluer cette population et de savoir dans quelle mesure les pratiques agricoles lui sont favorables ou non.

Les agriculteurs ont donc réalisé des comptages de vers de terre (test moutarde) dans différentes situations. Ils ont également compté les carabes (test Barber), ces petits coléoptères qui vivent dans le sol et représentent de véritables auxiliaires pour l’agriculture. Il en existe des dizaines d’espèces, dont la plupart sont carnivores. Elles se nourrissent des limaces ou de leurs œufs mais apprécient aussi les taupins, les pucerons ou les chenilles.

Les comptages ont montré qu’en agriculture de conservation, on trouve 2,5 fois plus de vers de terre que dans les parcelles labourées. Les couverts végétaux à base de légumineuses favorisent leur développement.

Des couverts permanents favorables

L’implantation de couverts permanents permet d’augmenter cette population de 30 %. Les membres du groupe sont au point sur cette technique depuis 2015. Ils sèment du colza avec du trèfle blanc qui est éventuellement fauché en automne. Selon les années, cette récolte peut produire de 3 à 4 t de MS. Un semis de blé suit. Le trèfle doit être détruit quand le maïs entre dans la rotation car il exerce une trop grande concurrence. Ce couvert de trèfle reste en général entre deux et quatre ans.

Cette pratique ne pénalise pas les rendements et évite de semer des couverts tous les ans. Le trèfle étouffe les repousses de colza. Et surtout, il nourrit le sol toute l’année. Les vers de terre profitent de cette abondance et prolifèrent. Dans ce type de parcelles, on trouve jusqu’à 300 vers de terre par mètre carré, contre à peine cinq en monoculture de maïs, même avec un couvert de ray-grass en hiver. Dans ces conditions, il est difficile de passer en TCS, la population de vers de terre étant insuffisante pour prendre le relais. « Ces observations aident aussi à comprendre pourquoi il y a des échecs quand on supprime le labour », explique Jean-Philippe Turlin.

Le trèfle protège le blé contre les limaces

Le couvert permanent de trèfle facilite également la lutte contre les limaces dans le blé. Les éleveurs sèment tôt (fin octobre) pour profiter de l’action des carabes à l’automne. Car ces animaux hibernent en hiver. De plus, les limaces préfèrent le trèfle et délaissent la céréale. « Généralement, les agriculteurs qui travaillent de cette manière n’ont pas de problème avec les limaces dans le blé. En 2019, les pluies d’automne ont retardé les semis et des dégâts de limaces ont été observés. Cela démontre bien l’utilité des carabes. » Les comptages de carabes ont permis d’identifier quatre ou cinq espèces différentes dans les parcelles labourées. Il y en a jusqu’à vingt en TCS et surtout, la population est dix fois plus nombreuse. La diversité des espèces constitue un atout car elles ont des cycles différents. Les unes prennent le relais des autres. On observe aussi que les carabes sont plus nombreux en année chaude.

Par ailleurs, les mesures ont donné un aperçu de la richesse de la vie du sol : mille-pattes, araignées, mais aussi champignons. Toute cette population se nourrit des déchets présents sur le sol toute l’année en agriculture de conservation. Les travaux du groupe ne se sont pas penchés sur le rôle de chacun, mais on sait que ces organismes contribuent à fixer du carbone.

En ce qui concerne les champignons, on suppose qu’un équilibre se crée entre les différentes espèces et qu’il existe des interactions entre elles. En effet, les agriculteurs du groupe n’observent pas de Sclerotinia ni de piétin échaudage.

Impact limité des traitements chimiques

Les agriculteurs se sont ensuite interrogés sur l’impact des traitements chimiques sur cette biodiversité. « En agriculture de conservation, les fongicides et insecticides sont peu utilisés. C’est une question d’état d’esprit », précise Jean-Philippe Turlin. En revanche, les herbicides sont employés dans des quantités comparables à ce qui se pratique sur les terres labourées. Cependant, les besoins sont différents en matières actives. L’agriculture de conservation fait évoluer la flore vers davantage de graminées mais moins de dicotylédones.

Des comptages de vers de terre et de carabes ont de nouveau été réalisés après application de divers traitements. Parmi les antilimaces, un seul (Mesurol) avait un effet négatif sur ces populations. Il a depuis été interdit en raison de sa toxicité. Les deux autres produits testés (méthaldéhyde et Sluxx) n’avaient pas d’effet négatif sur les vers de terre et les carabes.

Le glyphosate, utilisé au semis sur couverts à dose faible (1,3 l/ha en moyenne), n’a pas non plus dérangé ces populations. Il en est de même pour d’autres désherbants ou fongicides. « Les carabes sont noctambules. Cela explique peut-être qu’ils ne soient pas touchés par les insecticides », explique Jean-Philippe Turlin.

Enfin, certains agriculteurs se sont intéressés à la biodiversité à un niveau plus large. Ils sont partis de l’observation de chasseurs qui constataient que le gibier était plus abondant là où une surface importante était cultivée en TCS. Là aussi, les comptages ont montré qu’il y avait plus d’insectes, ce qui profitait à l’ensemble de la faune. Cela s’explique bien par le fait que cette agriculture couvre le sol en permanence et y laisse des débris végétaux. La population vivant dans le sol n’est pas la seule à en profiter.

L’un des membres du groupe a installé des ruches sur son exploitation. Des prélèvements de pollen ont été analysés. On y retrouve de la phacélie, du trèfle et de nombreuses autres espèces mises en culture. Le trèfle est particulièrement intéressant car il fleurit en continu jusqu’à l’automne, alors que la plupart des plantes mellifères n’ont plus de fleurs. Des études sont en cours pour évaluer la production de miel.

Pascale Le Cann
Observer. En creusant le sol, on peut visualiser les différentes couches et mesurer la présence et l’action de la faune. © CRAB

    Endogé : ver peu pigmenté, qui vit dans les horizons profonds qu’il travaille. Le labour ne le pénalise pas.

    Anécique : ver qui vient chercher la matière organique en surface, et redescend jusqu’à un mètre de profondeur. Ses galeries verticales sont utilisées par les racines. Il est difficile de passer en TCS sans lui. Son cycle de vie dure 400 jours, il ne survit donc pas au labour.

    Épigé : ver coloré, qui travaille la matière organique en surface.

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Cet article est paru dans L'Éleveur Laitier
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