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« L’autonomie, clé pour vivre du lait standard en montagne »

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Regroupement. François Charrade et Guillaume Barnier © Reportage Photo : Jérôme CHABANNE

François Charrade travaillait déjà à réduire ses coûts de production. Agrandir la SAU en s’associant avec son beau-frère lui permettra de gagner en autonomie… Pas d’autre voie pour vivre, ici, du lait standard.

Les terres de la Margeride n’ont pas la réputation d’être faciles. Froide l’hiver, séchante l’été, cette zone aux confins de la Haute-Loire, du Cantal et de la Lozère suscite néanmoins un attachement fort des éleveurs déterminés à faire vivre le pays. Parmi eux, des jeunes, comme François Charrade, qui a repris l’exploitation derrière son père à l’automne 2014...
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Les terres de la Margeride n’ont pas la réputation d’être faciles. Froide l’hiver, séchante l’été, cette zone aux confins de la Haute-Loire, du Cantal et de la Lozère suscite néanmoins un attachement fort des éleveurs déterminés à faire vivre le pays. Parmi eux, des jeunes, comme François Charrade, qui a repris l’exploitation derrière son père à l’automne 2014. « 59 ha pour 37 vaches et 250 000 l de lait ne permettaient pas d’y vivre à deux. Mais j’ai toujours voulu faire ce métier. En attendant, j’ai travaillé dix ans chez un maçon. » Sa première décision a été de troquer l’entravée de 32 places pour un bâtiment fonctionnel : 54 places de logettes « peu gourmandes en paille ».

Fort de ses compétences, il en fait toute la maçonnerie. La 2 x 5 épis est achetée d’occasion 21 000 €, au lieu de 45 000 € neuve. Le bâtiment, terminé en 2016, lui revient à 220 000 €, dont 36 000 € de subventions. Il est financé par deux prêts, de 95 000 € (bonifiés sur quinze ans) et 55 000 € à 1,25 % sur dix ans. « Cet investissement était indispensable. Mes vaches et moi y sommes bien ! »

À défaut d’AOP, du lait standard livré à l’unique collecteur du secteur, Sodiaal

L’idée d’accroître le troupeau à 45 vaches afin de produire davantage se heurte à l’impossibilité d’agrandir la SAU : pas de terres disponibles. Malgré 6 ha défrichés, le système n’est pas autosuffisant, 100 tonnes de maïs ensilage doivent être achetés pour pouvoir tourner.

Avec 60 t/an de concentré de production, le coût alimentaire frise les 150 €/1 000 l… Un niveau qui ne satisfait pas François. C’est pour l’améliorer qu’il a intégré un groupe de formation Conseil Élevage. Ce travail est en cours. La Margeride ne bénéficiant d’aucune AOC, c’est du lait conventionnel qu’il livre à l’unique collecteur du secteur, Sodiaal. « Dans ce contexte, notre seule marge de manœuvre pour aller chercher une plus-value est de livrer un lait top qualité. » François y parvient, avec un bonus régulier de 40 € sur le prix de base.

« J’aime, dans mon métier, être mon propre patron et avoir la liberté de prendre des décisions », souligne François Charrade. À ce titre, il a été récemment amené à prendre un virage décisif. Son beau-frère, Guillaume Barnier, après dix ans comme salarié agricole sur trois exploitations qui lui assurent une solide expérience, nourrit aussi, à 32 ans, le projet de s’installer sur une exploitation voisine, de 50 ha. Mais son démarrage s’annonce délicat avec juste 100 000 l produits par des abondances. Impossible pour lui de financer la nouvelle stabulation qui s’impose sans accroître très rapidement la productivité individuelle et créer un atelier hors sol.

« S’associer était une opportunité à bien analyser »

L’idée d’associer les deux structures germe dans l’esprit de François, soucieux de ne pas voir son beau-frère « galérer ». « Travailler à deux se présentait comme une opportunité très intéressante à mes yeux », estime l’éleveur. Avant de soumettre son idée à Guillaume, il contacte son cabinet comptable. « L’analyse de la situation de François a fait ressortir ses bonnes performances technico-économiques malgré le manque d’autonomie de son système… C’était un point de départ positif, explique Stéphanie Ramain, conseillère au CERFrance Haute-Loire. Le projet élaboré consiste, outre le regroupement des surfaces, à augmenter le nombre de vaches et leur niveau de production pour arriver à 437 000 litres de lait en 4e année. Cela grâce à la génétique du troupeau de François… les abondances ayant été vendues fin 2019. » Forts d’indicateurs économiques jugés favorables, les deux hommes décident de franchir le pas. Ultime précaution pour ceux qui se connaissent bien mais n’ont jamais travaillé ensemble, un stage de parrainage est engagé courant 2019. Et Guillaume s’installe le 1er avril dernier. Chaque associé détient la moitié du capital du Gaec (97 150 € chacun). Guillaume finance sa part avec un emprunt à 0,85 % sur 180 mois.

Le Gaec des 2 Vallait constitué compte 112 ha de SAU avec l’objectif d’atteindre 65 vaches, taries comprises. « L’augmentation des surfaces va permettre d’améliorer l’autonomie alimentaire. L’objectif de gagner 1 000 l/VL est assez ambitieux mais envisageable. Le prix du lait dans l’étude est de 340 €/1 000 l, un niveau réaliste vu la plus-value moyenne de 42 €/1 000 l dégagée sur le prix de base, poursuit Stéphanie Ramain. Le prix moyen du lait payé des quatre dernières années est de 351 €/1 000 l. » L’étude intègre la construction d’un bâtiment génisses de 28 places : 87 000 €, dont 34 % de subventions, à 100 % empruntés par le Gaec. Sur ces bases technico-économiques, l’EBE atteindrait environ 96 000 € en 4e année avec une bonne efficacité EBE/produit (41 %). En atteignant 48 000 €, les annuités représenteraient alors 57 % de l’EBE. La rémunération de chacun des associés a été fixée à 1 500 €/mois.

La structure de 20 x 17,5 m avec aire paillée et couloir de stockage accueillera génisses et taries dès cet hiver. « Ce deuxième bâtiment, ainsi que l’ancien, gardé pour les génisses d’un an, vont nous permettre de regrouper toutes nos bêtes sur un même site. Leur fonctionnalité nous fera gagner du confort de travail et du temps », soulignent les deux éleveurs.

« Nous devons encore gagner en autonomie alimentaire »

« Nous sommes conscients que nos achats extérieurs engloutissent une partie de la marge, souligne François Charrade. En plus d’un manque de foncier pour assurer une autonomie alimentaire, nous subissons des sécheresses consécutives depuis quatre ans. L’agrandissement de l’exploitation va nous permettre de réduire nos achats extérieurs et de tendre vers une autonomie alimentaire, mais à condition que le climat ne continue pas de se dégrader. Le sujet reste inquiétant, y compris dans nos zones de montagne, jusqu’ici assez préservées. »

En augmentant la sole de céréales de un à quatre hectares en 2020, les éleveurs trouvent d’ores et déjà une autonomie appréciable en paille et gagnent plus de 10 t de céréales autoproduites. L’augmentation des surfaces fanées (+25 ha de prés de fauche) va leur éviter d’acheter du fourrage, alors que les achats s’étaient élevés à 9 800 € l’an passé. Huit hectares de luzerne ont été implantés, 100 tonnes d’ensilage de maïs ont été achetées. « Cultiver­ du maïs chez nous reste aléatoire car nous avons fréquemment des gelées en septembre avant les récoltes. Nous envisageons d’acheter du maïs épi à l’avenir. » Un silo couloir construit en 2018 remplace les anciens silos-boudins… Un confort appréciable à la clef. Les commandes de tourteau de colza se font depuis peu à quatre exploitations, celles de tourteau de soja dans un groupe de dix. Cette politique d’achat a permis de réduire le coût des aliments de 20 à 30 €/t. Les éleveurs espèrent ainsi diminuer le coût de leur ration. En 2019, elle était de 126 €/1 000 l (dont 67 € de fourrages et 54 € de concentrés).

« Le lait d’été est moins cher à produire que le lait d’hiver, explique François Charrade, mais les conditions estivales ne sont pas favorables sur notre exploitation, avec un parcellaire morcelé et éloigné. Les vaches font plus de 3 km certains jours. Pour limiter leurs déplacements, nous les faisons dormir dedans la nuit en leur donnant du foin et de l’enrubannage. »

« Avec 8,5 kg de lait par jour de vie en 2019 – un résultat supérieur au groupe montbéliard du département, à 8,1 kg –, le troupeau du Gaec témoigne d’une bonne productivité résultant d’une conduite rigoureuse, analyse Patrice Monteil, de Haute-Loire Conseil Élevage. Le potentiel génétique du troupeau s’affirme également, à 122 d’Isu, classant l’élevage au 4e rang départemental. En plus de l’accroissement du troupeau, les éleveurs prévoient d’augmenter la production par vache pour atteindre 450 000 l de lait d’ici à quatre ans… Un objectif qu’ils devraient pouvoir remplir en travaillant plus particulièrement la qualité des fourrages. » L’augmentation de la SFP créant plus de souplesse, les éleveurs prévoient, de fait, de récolter plus tôt les premières coupes de fourrages en privilégiant la qualité à la quantité.

« Nous avançons en mesurant les risques pris »

L’amélioration génétique continue du troupeau depuis sa création porte ses fruits. « Nous allons continuer dans ce sens. On a souvent entendu dire qu’on était “fous de s’installer !” Mais nos choix sont mûris et nous avançons en mesurant les risques pris. Exercer le métier qu’on aime a aussi une importance, qui n’est pas quantifiable dans une comptabilité. En nous associant, nous avons gagné en confort de travail tout en partageant les décisions… et les soucis. Nous prenons un week-end sur deux et une semaine de vacances sans faire appel au service de remplacement. Nous espérons dégager du temps pour pouvoir participer à des concours. Notre secteur était morose il y a quarante ans, il est aujourd’hui l’un des plus jeunes et dynamiques du département. Nous sommes fiers de participer à cette vitalité économique et sociale. »

Monique Roque Marmeys
Des sols séchants. Située à 1 000 m d’altitude, l’exploitation n’est pas dans un contexte pédoclimatique aisé. Les sols granitiques sont difficiles à travailler, et séchants. En outre, le parcellaire est morcelé. © Jérôme CHABANNE
. Les éleveurs, qui traient à tour de rôle, pratiquent un lavage des trayons avant la traite. Un post-trempage est également réalisé, avec une solution iodée durant l’hiver et avec un produit renfermant un répulsif naturel mentholé pendant l’été. La qualité sanitaire du lait et des taux élevés en matières grasses et en protéines génèrent une plus-value régulière de 42 €/1 000 l. © Jérôme CHABANNE
Les éleveurs ont investi dans un aplatisseur pour les céréales autoproduites. Une mélangeuse, également achetée d’occasion en 2016, facilite la distribution de la ration. Ils l’utilisent aussi pour faire leur concentré composé de céréales et de tourteaux de colza et de soja. © Jérôme CHABANNE
. Les vaches pâturent ici une prairie de luzerne et de dactyle sur laquelle les éleveurs implanteront du méteil cet automne. Des prairies temporaires productives vont permettre une meilleure autonomie alimentaire. © Jérôme CHABANNE
Un bâtiment neuf de 54 places en logettes est en service depuis 2016. Des matelas vont être installés pour améliorer encore le confort des vaches. Un second bâtiment destiné aux génisses et aux vaches taries est en cours de construction. © Jérôme CHABANNE
. L’utilisation de semences sexées permet de faire naître le minimum de femelles nécessaires pour le renouvellement. 65 % du troupeau est ainsi croisé en charolais. Ces veaux de bonne conformation trouvent une valorisation satisfaisante sur le nouveau marché au cadran de Saugues. © Jérôme CHABANNE
. Dans un souci de réduire les charges, François a installé un système de parage fonctionnel au milieu du bâtiment. Les éleveurs assurent eux-mêmes ces soins à leurs vaches. © Jérôme CHABANNE
Depuis un an, toutes les génisses d’élevage sont génotypées. Le potentiel génétique du troupeau, classé 4 © Jérôme CHABANNE
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