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« La biodiversité et l’élevage coh abitent très bien  »

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Auteur. Jean-François Glinec a publié deux articles : © p.le cann

Innovant. Passionné de botanique, Jean-François Glinec a construit un système de production respectueux des écosystèmes, ouvert sur ses voisins, et rentable.

«Quand je me suis installé en1996, j’ai fait comme tout le monde : du maïs et des holsteins avec un objectif de production élevé. » Associé avec son frère Olivier, Jean-François Glinec produit du lait avec 70 vaches sur 70 ha à Saint-Urbain (Finistère). S’y ajoutent 15 ha de prairies annexes, mises à disposition par des agriculteurs qui ne les valorisent pas, et 5 ha de bois. L&rsquo...
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«Quand je me suis installé en1996, j’ai fait comme tout le monde : du maïs et des holsteins avec un objectif de production élevé» Associé avec son frère Olivier, Jean-François Glinec produit du lait avec 70 vaches sur 70 ha à Saint-Urbain (Finistère). S’y ajoutent 15 ha de prairies annexes, mises à disposition par des agriculteurs qui ne les valorisent pas, et 5 ha de bois. L’exploitation se trouve au fond de la rade de Brest et se divise en trois sites, « héritage d’une époque où il fallait de la terre pour avoir du quota ». Curieux et amoureux de la nature, Jean-François apprend l’existence du Conservatoire de botanique de Brest. Il en devient botaniste bénévole il y a vingt-deux ans. En participant à des sorties botaniques et en potassant, il apprend cette spécialité. Un gros investissement personnel car la discipline est complexe. Petit à petit, il prend conscience de la diversité et de toute la vie qui l’entoure. « Les prairies naturelles, les haies ou les zones humides font partie du paysage. C’est notre patrimoine biologique, raconte l’éleveur. On constitue les derniers maillons de la chaîne à pouvoir préserver une grande partie de la biodiversité présente sur notre territoire, d’où l’importance de créer des partenariats étroits entre les agriculteurs et les nombreux réseaux de naturalistes pour comprendre la problématique et agir en fonction. » Il a découvert que 320 espèces végétales différentes vivent sur son exploitation dans des milieux divers, parfois rares. « Il faut les valoriser et les conserver », affirme Jean-François. À la lumière de ces connaissances, on comprend mieux ce que l’on a coutume d’appeler les « contraintes environnementales ».

Progressivement, il fait évoluer ses pratiques. Il abandonne les traitements chimiques autour des champs et passe à la débroussailleuse à dos. « Pas trop tôt pour que les plantes montent en graine et que les oiseaux aient fini de nicher» Il passe en système tout herbe en 2009. Les deux frères ont ensuite recherché le meilleur animal pour valoriser leurs prairies. « Nous avons abandonné la holstein française, peu adaptée aux restrictions alimen­taires et peu fertile. » Désormais, ils achètent des doses en Nouvelle-Zélande et inséminent eux-mêmes. Une économie de 3 000 à 4 000 € par an. Ces croisées holstein, jersiaise et montbéliarde sont plutôt rondes, petites et très résistantes. Le taux de renouvellement est tombé à 15 %. Les éleveurs groupent les vêlages au printemps et ferment la salle de traite en hiver.

Une baisse considérable des charges

L’exploitation possède 10 ha de zones humides. Ces prairies comptent un minimum de 50 espèces végétales. Jean-François et Olivier ont signé une MAE fauche tardive sur cet espace. Ils s’engagent à ne pas les faucher ni les pâturer avant le 1er juillet. Le but est de laisser le temps à la flore et à la faune de se reproduire.

Ces parcelles sont fauchées début juillet et produisent un foin grossier qui contient des joncs ou d’autres plantes à faible intérêt alimentaire. Il est mis à disposition dans l’auge des vaches. Elles mangent le meilleur et repoussent le reste qui sert de litière. Ainsi l’élevage, qui ne produit pas de céréales, n’achète pas de paille. De plus, les vaches sont taries en hiver. Elles ont alors des besoins limités que ce fourrage pauvre suffit à couvrir. « Avec cette ration, elles ne sont pas trop grasses. Les vêlages et les débuts des lactations se passent bien» Ces zones humides accessibles sont pâturées une ou deux fois en fin d’été ou en automne. Elles sont peu productives, mais elles ne sont pas fertilisées et ne coûtent pas cher. Et elles produisent toujours un peu, même en cas de sécheresse. Sur les autres prairies – auparavant temporaires, semées il y a vingt ans –, ils pratiquent un pâturage tournant classique. On y trouve encore du trèfle et du ray-grass, au milieu d’autres espèces. Jean-François constate que la flore s’y stabilise au bout de quelques années. Elles sont un peu moins productives qu’au début, mais elles ne génèrent aucune charge, ce qui compense largement. Et elles stockent du carbone.

L’évolution du système a conduit à réduire considérablement les charges, même si elle a aussi pénalisé la productivité laitière. L’élevage produisait 500 000 litres de lait au début, contre moins de 300 000 aujourd’hui. Mais le système est très rentable. Il permet aux deux associés de gagner 32 000 € nets/an chacun. Les prêts qui ont été souscrits pour acquérir du foncier sont remboursés. Grâce à la conversion bio, les éleveurs espèrent relever leur revenu à au moins 3 000 €/mois en 2020.

« Les voisins sont aussi nos clients »

En changeant ainsi le paysage autour d’eux, ils ont intéressé leurs voisins. À leur demande, ils ont ouvert un chemin d’exploitation au public. Désormais, nombreux sont ceux qui viennent se promener sur les rives de la Mignonne qui serpente le long des prairies. Ils voient les animaux et Jean-François discute volontiers avec eux. « N’oublions pas que nos voisins sont nos clients. Et ils sont capables de d’observer beaucoup de choses dans la campagne» Certes, Jean-François a dû enfermer le poste de clôture qui avait tendance à disparaître. Mais il se sent à l’abri de l’agribashing ambiant.

Cette ouverture leur a aussi permis de rencontrer des porteurs de projets compatibles avec leur ferme. Ils louent 1,5 ha à une jeune femme qui s’est lancée dans le maraîchage bio en vente directe. Elle a rénové l’une des vieilles bâtisses en pierre du hameau pour y vivre. Une brasserie artisanale a également été créée sur place. « C’est important pour moi. Si l’on n’y prend pas garde, les campagnes se vident. » Et les agriculteurs s’isolent. Le magasin, ouvert une fois par semaine, propose aussi des caissettes de viande de veau. Enfin, l’exploitation vend le bois de chauffage issu de la taille des nombreuses haies. Un autre moyen de créer un contact avec les voisins, tout en augmentant les revenus. Jean-François pense que son système est reproductible. Bien sûr, c’est compliqué pour les récents investisseurs qui ont besoin d’un gros chiffre d’affaires pour rembourser leurs emprunts. Mais après, c’est un choix qui devient possible.

Pascale Le Cann
2 questions à…
« On peut réconcilier agriculture 2 questions à…

Qu’est-ce que le Conservatoire botanique national ?

Sylvie Magnanon : Il en existe onze en France. Ils ont plusieurs missions : connaissance de la flore et des milieux naturels, préservation des plantes menacées et de leurs habitats, expertise, information du public. Un réseau de bénévoles, dont fait partie Jean-François Glinec­, nous aide à inventorier les espèces et à savoir celles qui sont rares ou communes. On identifie des assemblages de plantes qui forment­ des communautés et créent des écosystèmes. On en trouve dans l’espace agricole, dans les haies par exemple, ou encore dans les entrées de champs ou les zones humides. Elles sont influencées­ par la gestion des espaces­, réalisée notamment par les agriculteurs. Ces pratiques créent, ou pas, les conditions de maintien de la biodiversité.

S.M. : En France, l’agriculture occupe une partie importante de l’espace et apporte une contribution majeure à la biodiversité. Toute une faune et une flore se développent autour des cultures ou dans les prairies. La diversité des plantes et des milieux améliore la résistance aux aléas climatiques. C’est un plus pour les agriculteurs. Nous avons travaillé sur les zones humides avec la chambre d’agriculture de Bretagne. Avec une bonne gestion, on obtient un bon compromis entre la production et la biodiversité. Tout le monde y gagne. Je suis convaincue que l’on peut réconcilier les écologistes et les agriculteurs. Il faut mieux communiquer et partager nos compétences.

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