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Dossier. Des solutions pour produire plus de lait en hiver

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Expérimentation. À la ferme de Trévarez, le robot de traite a été placé au centre de la stabulation pour pouvoir séparer le troupeau en deux lots. © p.l.c.

Il est techniquement possible de concocter des rations ou de jouer sur les dates de vêlage pour produire davantage en hiver. Plusieurs options, testées à Trévarez, dans le Finistère, fonctionnent. Mais le prix du lait ne compense pas les surcoûts.

Très herbagers, les élevages bio rencontrent plus de difficultés que les conventionnels pour assurer l’alimentation des laitières en hiver. Avec un prix des semences plus élevé, des rendements plus faibles et une charge de travail plus importante, les fourrages bio coûtent plus cher à produire. D’où l’intérêt de réduire les besoins en stocks. L’une des stratégies vise à grouper...
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Très herbagers, les élevages bio rencontrent plus de difficultés que les conventionnels pour assurer l’alimentation des laitières en hiver. Avec un prix des semences plus élevé, des rendements plus faibles et une charge de travail plus importante, les fourrages bio coûtent plus cher à produire. D’où l’intérêt de réduire les besoins en stocks. L’une des stratégies vise à grouper les vêlages au printemps. La production est alors calée sur la pousse de l’herbe et les vaches sont taries en hiver. Bien sûr, le prix du lait est plus faible au printemps. Mais le coût de production aussi. Cette pratique reste donc rentable.

Cependant, elle pose problème aux laiteries qui ont besoin de lait toute l’année et ne peuvent pas gérer une trop forte saisonnalité. Certaines, à l’instar de la Sill, n’acceptent plus de collecter chez de nouveaux éleveurs qui ferment la salle de traite en hiver. L’enjeu est donc de parvenir à produire en cette saison de façon rentable. Le type de ration et les périodes de vêlage constituent les meilleurs outils pour y parvenir. L’équipe herbivore des chambres d’agriculture de Bretagne et l’Institut de l’élevage ont cherché différentes pistes sur la ferme expérimentale de Trévarez (Finistère), dont une partie du troupeau a été convertie en bio en 2013.

Trois régimes différents pendant trois mois

Trois régimes différents ont été testés pendant trois mois chacun. « Nous avons conçu le bâtiment du troupeau bio de façon à pouvoir conduire ce type d’expérimentations, précise Valérie Brocard, ingénieure chez Idele. Le robot de traite se trouve au centre, ce qui le rend accessible à différents lots d’animaux. »

Les 60 vaches sont en croisement trois voies (holstein, normande et jersiaise) depuis 2015 avec un objectif d’efficacité économique et d’autonomie alimentaire. La productivité recherchée est assez élevée, pour la surface comme pour les animaux, même si le potentiel pédoclimatique limite le chargement à 1,2U GB/ha. Les vaches pâturent dix mois par an malgré la faible portance des sols. L’assolement comprend 70 ha d’herbe, 8 ha de maïs et 7 ha de céréales avec un parcellaire éclaté en trois blocs.

À Trévarez, comme dans la plupart des élevages bio, le coût alimentaire varie fortement selon les saisons. Il passe de 20 €/1 000 l en moyenne au printemps, avec un régime tout herbe, à 104 € en hiver quand les vaches ne sortent pas. Il se situe autour de 70 € en période de transition. La variabilité de ce coût est faible au printemps, mais forte en hiver (de 85 à 140 €/1 000 l selon les années). À Trévarez, le prix payé du lait fluctue aussi, avec un écart de 25 €/1 000 l entre le printemps et l’hiver. L’écart est plus élevé en prix de base (37 €). La différence s’explique par les taux. Le TB est à 41 en moyenne en hiver contre 40,4 au printemps. Pour le TP, les chiffres s’établissent à 29,3 et 31 respectivement. Cette saisonnalité des prix varie d’une laiterie à l’autre. La ration hivernale se compose de 5 kg de MS d’ensilage de maïs, d’ensilage d’herbe (association graminées et légumineuses) à volonté et d’environ 1 kg/jour de concentré énergétique produit sur l’exploitation (orge, maïs grain humide ou mélange céréalier).

Le premier menu testé est basé sur une complémentation avec du tourteau de soja. Les vaches en ont reçu 1 kg/jour au robot. Il s’est substitué à 1 kg de concentré énergétique fermier. La réponse des vaches est immédiate : 5 kg de lait en plus pour 1 kg de soja. Même à 915 €/t, le soja est vite rentabilisé. Mais il y a très peu de soja bio disponible pour les animaux sur le marché français. Il faut donc l’importer, souvent de Chine. Certes, les fournisseurs possèdent un agrément européen certifiant le respect du cahier des charges bio. Néanmoins un doute subsiste. Et puis, sur le plan éthique, acheter des aliments à l’autre bout de la planète pose question. D’ailleurs, Biolait interdit désormais à ses livreurs d’utiliser des aliments importés. Le tourteau de colza n’offre pas d’alternative car il est rare sur le marché. Sa culture en bio s’avère compliquée en raison de sa sensibilité aux ravageurs.

Le deuxième menu repose sur la production des protéines sur la ferme. « Grâce à la fauche précoce, on peut augmenter la teneur en MAT de l’ensilage d’herbe », rappelle Valérie Brocard. Des essais réalisés à Trévarez ont montré qu’en fauche précoce, la teneur en MAT de l’ensilage bio peut monter à 21 % quand elle plafonne à 15 % en fauche classique.

La fauche précoce booste la valeur alimentaire

Pendant l’essai, des parcelles de RGH-TV ont été récoltées toutes les quatre à cinq semaines. Les vaches apprécient. Leur ingestion augmente et la production laitière suit. Cette hausse d’ingestion est liée à l’encombrement plus faible et à un meilleur équilibre entre l’énergie et l’azote. L’effet positif est encore plus marqué en vêlages d’automne. La production individuelle gagne 5,7 kg par vache et par jour et la marge sur coût alimentaire progresse de 14 000 € pour 75 vaches.

Mais cette stratégie conduit à récolter plus souvent des quantités moindres. Les rendements sont plus faibles et il faut donc augmenter la surface fourragère, ou réduire l’effectif. Le surcoût est de 20 €/t MS en fauche précoce. Pour adopter ce régime, il faut compter 33 t de MS supplémentaire par an pour 75 vaches. Cela constitue un frein.

Pour contourner cet écueil, une troisième piste repose sur l’achat de bouchons de luzerne déshydratée. Cet apport améliore l’équilibre entre l’énergie et l’azote dans la ration mais celle-ci se trouve déconcentrée. Sur le plan technique, cela fonctionne, même si le gain de production est moindre qu’avec les deux premiers menus. L’ingestion de luzerne ne pénalise pas celle des autres fourrages. Mais l’approvisionnement est compliqué. Avec la multiplication des démarches de productions animales sans utilisation d’OGM, la demande augmente bien plus vite que l’offre. Même si la luzerne C2 (issue d’exploitations en deuxième année de conversion bio) est admise jusqu’à 20 % de la ration, il est difficile d’en trouver, surtout au niveau local. Trévarez l’a achetée à Coop de France Déshy, partenaire de l’essai, qui s’en est procuré dans la Marne. L’intérêt économique est directement lié au prix de la luzerne. Il est neutre dans les conditions de l’essai, avec des bouchons à 304 €/t. « On a calculé que si le prix de la luzerne est supérieur à 60 % du prix du lait, cette option ne passe pas sur le plan économique », note Valérie Brocard. Les éleveurs situés à proximité d’une usine de déshydratation et qui peuvent produire leur propre luzerne ont toujours intérêt à la faire déshydrater pour améliorer la ration des vaches.

Par ailleurs, on ne remarque pas de différence significative entre les trois menus sur les taux, la santé ou la reproduction. Dans chaque cas, des arrière-effets positifs sur la production ont été mesurés pendant quelques semaines après le retour à une ration classique. À chacun donc de choisir la piste qui lui convient le mieux. Sachant qu’en bio, l’option la plus cohérente est celle qui permet d’atteindre l’autonomie alimentaire car les aliments achetés coûtent très cher. La production laitière, et donc l’effectif du troupeau, dépendent du potentiel fourrager de l’exploitation. La ferme expérimentale de Trévarez a, pour sa part, adopté la fauche précoce pour l’ensilage.

Grouper les vêlages en automne (septembre à novembre) ouvre une autre voie pour augmenter la production hivernale, c’est pourquoi cette stratégie a été comparée à ceux de printemps (mars à mai), à Trévarez. Le troupeau a été conduit avec deux saisons de vêlages. Ceux de printemps ont l’avantage de caler le pic de production sur la pousse de l’herbe et donc de produire à bas coût. Les vêlages, l’élevage des veaux et la reproduction se passent à l’extérieur. Les vaches sont taries en hiver ce qui permet de fermer la salle de traite. Et les bâtiments pour les taries coûtent globalement moins cher que pour les vaches en production.

En vêlages d’automne, les vaches sont taries en été ce qui est intéressant en zone séchante. Les éleveurs peuvent apprécier aussi d’avoir moins de travail en été. On observe un second pic de lactation après la mise à l’herbe au printemps.

Décaler les vêlage en automne augmente les coûts

Tous les animaux ont été nourris de la même façon. En moyenne sur 305 jours, la production est identique dans les deux groupes, à 5 670 kg/vache. Il en est de même pour le TP (31 et 31,2 en moyenne selon les lots) alors qu’en vêlages de printemps, le TB est supérieur d’un point (42,1 contre 41,2). En matière de prix payé du lait, l’écart entre les deux lots peut monter jusqu’à 44 € selon les trimestres. Mais en moyenne annuelle, entre juin 2015 et mai 2019, la différence est minime entre les deux groupes. Cette moyenne s’établit à 460 €/1 000 l. La marge sur coût alimentaire est à 352 €/1 000 l en hiver contre 411 € au printemps. C’est donc sur le coût alimentaire que l’écart est le plus élevé entre les vêlages de printemps et d’automne. Pour que les éleveurs y trouvent un intérêt, il faut que le prix du lait compense les surcoûts.

Pascale Le Cann
Robot mobile. En été, le robot est installé au milieu des pâtures. © p.l.c
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Cet article est paru dans L'Éleveur Laitier
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