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Les laiteries naviguent à vue

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Depuis mi-mars, les entreprises s’adaptent, avec plus ou moins de difficultés selon leur mix-produit et leurs circuits de distribution, au chamboulement des marchés.

Sans surprise, l’intensité avec laquelle la crise du Covid-19 impacte les entreprises laitières depuis la mi-mars doit à leur mix-produit et surtout à leurs circuits de distribution. Ces derniers ayant été la cible d’un vrai chamboule-tout : effondrement des ventes en RHF, en rayons à la coupe et dans les circuits traditionnels (marchés, crémeries), baisse des exportations… Mais aussi, a contrario, hausse des achats...
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Sans surprise, l’intensité avec laquelle la crise du Covid-19 impacte les entreprises laitières depuis la mi-mars doit à leur mix-produit et surtout à leurs circuits de distribution. Ces derniers ayant été la cible d’un vrai chamboule-tout : effondrement des ventes en RHF, en rayons à la coupe et dans les circuits traditionnels (marchés, crémeries), baisse des exportations… Mais aussi, a contrario, hausse des achats des ménages en GMS. Avec leur mix-produit diversifié et leurs larges débouchés entre PGC France-export et produits industriels­, les leaders de l’industrie ont été les plus à même d’amortir le choc. À l’instar d’un Sodiaal ou d’un Lactalis, ils ont vite réorganisé la destination de leur lait et leurs fabrications… et ainsi profité à plein du boom de la demande des GMS en lait de consommation, beurres plaquettes, crème, fromages vendus en libre-service. Et ils n’ont pas forcément fabriqué beaucoup plus de produits industriels qu’à la normale en cette période, à l’exemple d’un Sodiaal. Ce dernier explique en effet avoir dû, dans un premier temps, puiser dans ses stocks pour répondre à la demande en PGC basiques de la grande distribution, puis dans un second temps, avoir reconstitué ces stocks. Pour autant, le discours est le même chez Lactalis et Sodiaal : « La demande plus forte sur les PGC vendus en GMS n’a pas compensé les baisses d’activité sur les PGC export, la RHF et les fromages AOP. » Et cela même si le poids de la RHF dans les débouchés du lait de la ferme France est très relatif : 6 % (voir infographie page 12). Selon Idèle, au début de la crise, « le débouché export aurait chuté de 25 %. Autant pour les ventes vers les IAA. Le débouché RHF se serait effondré de 85 % ». Sodiaal annonçait fin avril une baisse de plus de 60 % pour ses ventes en RHF. Pas de chiffres annoncés chez Lactalis.

Savencia : + 20 % de lait écrémé vendu en Spot

Avec son mix-produit (40 % de PGC France, 30 % de PGC export, 30 % d’ingrédients) PGC très orienté sur les fabrications fromagères, Savencia n’a pas eu autant de latitudes pour jouer sur la forte demande en produits basiques. Sans doute faut-il y voir la raison de sa forte tendance à inciter ses livreurs à suivre­ le programme de réduction du Cniel ? Y voir aussi l’explication de la saisonnalité négative de - 20 € en avril-mai, - 10 € en juin… Choix d’un Sodiaal mais pas d’un Lactalis. Cette stratégie, accompagnée d’une météo défavorable à la pousse de l’herbe sur avril, a payé. « Nous avons ramené la croissance de notre collecte de + 4 % au T1 à + 0,4 % sur avril », note Daniel Chevreul, directeur des approvisionnements laitiers de Savencia. Malgré cela, il note une hausse des ventes de lait écrémé sur le marché Spot du groupe de 20 % de la mi-avril à la fin mai… Preuve, s’il en fallait une, que les ventes en plus en GMS sont loin d’avoir compensé le recul de Savencia sur les PGC export et la RHF. Et le bout du tunnel n’est pas encore là : « Le débouché RHF est toujours au point mort en France. Il a redémarré très lentement sur avril en Asie, mais est toujours sinistré aux USA, pénalisant notre courant d’affaires hors UE. Les exportations sur l’UE restent encore très compliquées », balaie Daniel Chevreul.

Milleret plus épargné que Pâturages comtois

Spécialistes haut-saônois des fromages à pâtes molles, Milleret (68 Ml collectés) et Pâturages comtois (39 Ml collectés) vivent la crise de façon radicalement différente… Relativement sereinement pour l’une, stressante pour l’autre. Très peu impliqué en RHF et à l’export (respectivement 2 % et 10 % de ses débouchés), Milleret a pu jouer sur la demande accrue des GMS, qui pèsent 70 % de son chiffre d’affaires. Pour cela, le privé n’a eu qu’à réorienter ses fabrications de façon à privilégier ses marques les plus plébiscitées par les consommateurs en linéaire, ­aux dépens de certaines de ses spécialités. Au final, la crise n’a pas aggravé sa situation, structurellement excédentaire en lait au printemps (20 % de sa collecte annuelle). La coopérative Pâturages comtois, en revanche, n’a pas été à la noce avec ses 70 % de ventes à l’exportation (dont 50 % vers l’UE). « Sur certaines semaines d’avril, les fabrications ont été réduites de 60 à 70 %. Début mai, on était revenus à - 50 %, et à - 30 % fin mai », note Guy Mercier, son président. Résultat : la coopérative n’a pas pu éviter de vendre du lait de dégagement. « Sur avril, on aurait dû transformer 2,5 Ml en fromages. Au final, 800 000 l ont été vendus en Spot », complète Emmanuel Leroy, le directeur général. Et encore, encouragés par leur laiterie, les producteurs ont freiné. Ils étaient lancés pour faire + 14 % sur avril. Le mois s’est terminé à + 9 %. Pour permettre à la coopérative de tenir le choc, le conseil d’administration a décidé que 5 % du lait mensuel livré par rapport à 2019 serait payé au prix de dégagement. Soit 170 €/1 000 l (TPQC) sur avril. La mesure a aussi été appliquée sur mai. Elle ne le sera pas en juin, les ventes à l’export reprenant lentement. « Nous espérons, dans le meilleur des cas, un retour à la normale pour nos débouchés export, très liés aux circuits de la RHF, au plus tôt à la rentrée de septembre », explique Guy Mercier.

La Prospérité fermière relativement sereine

Avec un chiffre d’affaires de 60 % à l’export et malgré des échanges perturbés par la crise du Covid-19, la Prospérité fermière affiche une relative sérénité. Témoin, son choix de maintenir un prix de base de 330 € en avril et d’annoncer 320 € pour mai et juin. « C’est un prix volontairement prudent, avec l’objectif d’une revalorisation au T3 et, dans tous les cas, de préserver un niveau de prix conforme à celui de notre environnement, indique son président, Serge Capron. Comparé à des entreprises tournées vers la production de fromages ou la RHF, notre mix-produit atypique est de nature à atténuer les effets de cette crise. »

La collecte de la coopérative du Pas-de-Calais (420 Ml) est dédiée à 88 % à la fabrication d’ingrédients laitiers, allant de la poudre basique jusqu’à l’extraction de protéines spécifiques dédiées à une clientèle B to B (d’entreprise à entreprise). « La DLC de ces produits permet de les stocker et de retrouver progressivement des débouchés normaux. » Sur ce marché, la Prospérité rencontre bien des difficultés d’acheminement, mais variables selon les destinations. La Chine, pour des ingrédients à forte valeur ajoutée, a été touchée très tôt, en raison de la fermeture du fret aérien. Mais la frontière rouvre petit à petit. Vers l’UE, les frontières sont ouvertes, mais les mesures de confinement ont augmenté les temps de transport sur route, et donc les coûts de livraison, ce qui a donné lieu à des renégociations tarifaires avec les clients­. Dans ce contexte, du lait d’excédent a pu aussi être réorienté vers la filière du lait liquide (12 % de sa collecte), très dynamique.

L’ULM serre le frein à main, pas Laitnaa

Les deux coopératives de collecte du Nord-Est, l’ULM (386 Ml) et Laitnaa (235 Ml), n’ont pas abordé la crise du Covid-19 avec la même sérénité. Faisant face à des livraisons en forte hausse sur mars (+ 6,3 % par rapport aux prévisions de l’outil déclaratif) et, surtout, à une part non négligeable de lait plus couvert par des contrats, l’ULM a tiré le frein à main pour éviter de trop vendre à vil prix sur le marché Spot. Sur avril et mai, la coopérative a mis en place un dispositif très contraignant afin que ses sociétaires réduisent leurs livraisons a minima de 5 % par rapport à mars (- 7,5 % et - 12,5 % pour ceux dépassant leur déclaration de mars de plus de 10 % et 20 %) : un prix de 50 €/1 000 l pour tout excédent. Mi-mai, le message était passé que « le respect des volumes à produire permettait une meilleure adéquation avec le marché »… Ce dernier « tendant vers une amélioration avec un redressement de la demande des clients­ qui, en avril, avait chuté d’environ 10 % par rapport à mars ».

Du côté de Laitnaa, la réduction des volumes n’a pas été à l’ordre du jour. Pas de souci il est vrai, ici, de litrages à la merci du marché Spot. La coopérative a juste demandé à ses sociétaires de respecter leurs engagements de livraisons fixés en début de campagne. Il est vrai aussi que l’entrée au capital de Solarec, filiale de la Laiterie des Ardennes, permet à Laitnaa de mieux valoriser ses excédents hors contrat auprès du géant belge (1,3 Mdl) dont l’activité lait de consommation est restée très soutenue pendant le confinement… Une vraie soupape de sécurité.

Signe qui ne trompe pas sur la façon très différente dont ces deux coopératives de collecte traversent la crise : leur prix du lait. Sur avril et mai, l’ULM a payé sur la base de 290 € et 300 €, Laitnaa 320 €. « Au-delà, nous sommes dans l’incertitude, car nos contrats sont très liés à l’évolution des indicateurs des produits industriels », avertit Jacques Quaeybeur, président de Laitnaa.

LSDH : + 40 % de ventes en mars et avril

Pour de rares laiteries, la crise a aussi eu un effet dopant. C’est le cas de LSDH. Sur ses 250 Ml collectés et 350 ML transformés (dont 80 Ml pour Biolait), 90 % sont dédiés au lait UHT… Une manne, quand le public se rue en magasins pour en remplir son caddie. Pour répondre à la demande, les chaînes ont tourné à plein et il a fallu puiser dans les stocks. En mars et en avril, les ventes ont ainsi bondi de 40 %. « On a vu un ralentissement s’opérer depuis la fin avril. Mais le niveau est encore supérieur à l’an dernier », expliquait, mi-mai, Philippe Leseure, directeur de l’approvisionnement lait. « Cela devrait durer, tant que la RHF et les restaurants n’auront pas retrouvé une activité normale. » Les livreurs de LSDH ne se plaignent pas et mesurent leur chance d’être épargnés par la crise. En avril et mai, avec une saison­nalité de - 15 €, leur lait a été payé sur la base 38/32 de 333,79 € et 327,53 €. Cette saisonnalité est appelée à être positive jusqu’en décembre. De surcroît, 35 % de leur livraison ont été valorisés en lait C’est qui le patron ?! en avril (34 % en mars), sur la base de 390 €.

Jean-Michel Vocoret et Jérôme Pezon
Les interrogations planent sur les mois à venir

Le devenir de l’offre et de la demande est une vraie source d’inquiétude pour les entreprises… Préoccupant.

Mission impossible pour les entreprises, qui naviguent à vue depuis la mi-mars, que de se projeter dans l’avenir, tant les incertitudes sont grandes.

Premier sujet d’interrogation : le rapport offre-demande des prochains mois. Côté offre, les derniers chiffres montrent que la collecte française marque le pas en avril, et que la tendance se confirme en mai. Mais c’est loin d’être franchement le cas chez nos voisins (lire p. 24). A contrario, la collecte allemande, qui a ralenti, reste en hausse sur avril et mai. Il ne faudrait pas que la collecte de l’UE, pointée à + 1,4 au T1, continue sur sa lancée. À défaut, peu de chance que la tendance à la hausse se poursuive pour les cotations beurre-poudre, après le trou d’air en mars-avril.

Autre sujet d’inquiétude, quel sera le niveau de la demande ? Au-delà du retour à la normale du secteur de la RHF, difficile d’imaginer que cette crise, dont on dit qu’elle provoquera la pire récession depuis celle des années 1930, sera indolore. Avec la casse sociale qui s’annonce en France et ailleurs dans le monde, le pouvoir d’achat ne peut qu’en pâtir. D’où la question franco-française : cela remettra-t-il en cause la montée en gamme des produits portée par la loi Égalim ? « Il est fort probable que certains reviendront par la force des choses à des produits 1er prix. Mais je ne crois pas que la tendance de ces consommateurs soucieux de leurs responsabilités sur notre avenir alimentaire s’éteigne », estime Philippe Leseure, de LSDH. Reste à voir où se situera le curseur entre ces deux populations.

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