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La filière dans une fragilité inédite

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PGC. Les lignes de fabrication de produits de grande consommation tournent à plein régime pour répondre à l’explosion de la demande de la distribution. © p. l. c.

La chaîne de transformation se trouve complètement désorganisée. Certains demandent la réduction volontaire des livraisons en Europe.

Tous confinés, mais pour les éleveurs, le travail continue. La peur d’être touché par le virus ne les épargne pas. Avec, en plus, cette question : qui soignera mes animaux si je suis malade ? Les réseaux d’entraide sont là, et le syndicalisme se mobilise pour identifier les problèmes et trouver des solutions. Mais on s’attend à une baisse du nombre de volontaires en cas de besoin, chacun cherchant légitimement...
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Tous confinés, mais pour les éleveurs, le travail continue. La peur d’être touché par le virus ne les épargne pas. Avec, en plus, cette question : qui soignera mes animaux si je suis malade ? Les réseaux d’entraide sont là, et le syndicalisme se mobilise pour identifier les problèmes et trouver des solutions. Mais on s’attend à une baisse du nombre de volontaires en cas de besoin, chacun cherchant légitimement à limiter les contacts. L’activité est intense sur les réseaux sociaux et cela fait du bien au moral. « Les gens redécouvrent l’importance de l’agriculture », note Pascal Pommereul, éleveur en Ille-et-Vilaine.

Pour beaucoup, cette période de confinement succède à des semaines de pluie. Le printemps pointe et les travaux des champs repartent. Un rebond d’activité positif, d’autant que l’approvisionnement suit, pour le moment [au 26 mars, NDLR]. Au moins, les semis de maïs se préparent normalement.

Les partenaires essentiels, tels les vétérinaires ou les inséminateurs, restent sur le pont. Le ramassage des bestiaux se poursuit mais le commerce ralentit, notamment à cause de la fermeture de certaines frontières. L’Algérie ne délivre plus d’autorisation d’importation. Pour la filière laitière, les incertitudes se multiplient. L’essentiel est de préserver les travailleurs et la logistique. La collecte du lait, sa transformation, l’approvisionnement des usines en consommables et l’expédition des produits en dépendent.

Les laiteries n’ont pas improvisé les mesures sanitaires qu’elles appliquent actuellement : une semaine avant le confinement total, elles avaient déjà transmis aux préfets leur plan de continuité d’activité défini pour des événements exceptionnels. Il s’agit d’abord de protéger le personnel.

L’industrie se prépare à des défections du personnel

Durement touché par le virus, le Nord-Est se trouve en première ligne. Pour l’instant, l’industrie laitière fonctionne. Mais elle appréhende l’aggravation de l’épidémie dans ses rangs et se prépare au pire. Les industriels ont recensé leurs salariés détenteurs du permis poids lourd pour assurer la collecte en cas de défection d’un trop grand nombre de chauffeurs. Cette voie est préférée à celle de l’intérim, car on ne s’improvise pas chauffeur d’un camion de collecte. Ils se préparent aussi à jouer la solidarité, à l’image de ce qu’on peut voir en Italie. Si de petites laiteries ont cessé de travailler, la collecte a continué. Les gros industriels ont pris le relais pour transformer leur lait (lire p. 12).

Partout en France, la chute des achats de la RHF (restauration hors foyer) et l’explosion de la demande des GMS désorganisent la transformation. Avec des produits et des conditionnements différents, les transferts sont compliqués, voire impossibles. Plus généralement, les produits à durée de vie courte (ultrafrais, certains fromages) sont plus affectés. Les industriels impliqués dans ces secteurs font le maximum pour s’adapter. Ainsi, le groupe Maîtres Laitiers du Cotentin (MLC) s’appuie sur ses 240 000 m² de plateformes logistiques pour approvisionner ses clients. Sa filiale France Frais, spécialisée dans la distribution en RHF, a enregistré une baisse d’activité de 40 % dans la foulée du confinement. « Le dynamisme des ventes en GMS, le renforcement des flux vers l’Allemagne et le nord de l’Europe, des commandes de pays qui ne faisaient pas partie jusque-là de nos destinations, compenseront peut-être une partie des pertes pour MLC », confie Jacques Klimczak, son responsable communication.

Chez Alsace Lait, où 20 % du chiffre d’affaires se fait en RHF, l’usine s’est ajustée pour limiter la casse. Les conditionnements des produits ultra-frais ont été réorientés pour répondre aux besoins des GMS.

Toutes les usines spécialisées dans les PGC tournent à plein régime pour fournir la distribution. Elles réduisent le nombre de références afin d’augmenter le débit et de simplifier la production. Cela permet aussi un remplacement plus aisé des éventuels absents. L’exportation est à la peine. Des frontières se sont fermées à l’intérieur de l’UE. Mais avec le retour progressif des conteneurs bloqués en Chine et la reprise industrielle dans le pays, le commerce vers l’Asie repart.

Prix du lait : Sodiaal ouvre une brèche

Ces tensions risquent de se répercuter sur le prix du lait. Sodiaal a donné le ton en décidant une saisonnalité à - 20 € sur les livraisons d’avril et mai. Le syndicalisme a dénoncé cette position qui sape le moral des éleveurs et qui pourrait faire des émules. Eurial et Savencia se sont accordés pour appliquer cette saisonnalité sur le lait du deuxième­ trimestre que la coopérative collecte pour le fromager. Ailleurs, fin mars, des négociations étaient en cours. Même si cette saisonnalité sera compensée en été, elle va peser sur les trésoreries au printemps.

Dans ces conditions, une question brûle les lèvres de tous les acteurs : comment absorber le pic de production du printemps ? D’ores et déjà, l’idée de réduire la production se répand. « Nous risquons de ne pas avoir d’autre choix que de demander aux producteurs d’essayer de lever le pied sur les livraisons », explique le président de Lact’Union, Olivier Vermes. « Si des mesures de réduction de production sont prises, elles doivent être réfléchies au niveau de l’inter­profession. Lactalis ne prendra pas seul cette décision », indique Fabien Choiseau, responsable de collecte de Lactalis. Le Cniel a acté une aide à la réduction de la production d’avril (320 €/1000 litres TPQC sur - 2 % à -5 % du volume, comparé à celui d’avril 2019), conditionnée à l’aval de Bruxelles. Des voix s’élèvent pour demander à la Commission euro­péenne d’anticiper un décalage entre l’offre de lait et la demande des marchés. Car toute l’Europe est concernée, et une réduction de la collecte limitée à la France pénaliserait doublement les éleveurs de l’Hexagone.

Activer l’aide européenne au stockage privé

L’EMB a réagi dès le 4 février en interpellant le commissaire européen à l’agriculture, Janusz Wojciechowski. « L’Europe doit se préparer à lancer un programme de réduction volontaire de la production pour éviter de créer des surplus de lait. Cela coûte moins cher que de réagir après coup. Nous militons aussi pour l’activation de l’aide au stockage privé », explique Erwin Schöpges, président de l’EMB. Cette organisation n’a jamais lâché le combat pour une maîtrise de la production sans attendre que les prix s’effondrent.

Mais cette fois, l’idée fait son chemin. Le Cniel a formulé des demandes similaires auprès de la DG Agriculture, dans un courrier du 20 mars, estimant que l’aide à la réduction de la production « doit pouvoir être activée dès le mois d’avril pour être efficace ». À l’automne 2016, les éleveurs engagés dans ce programme avaient perçu 14 ct par litre de lait non livré sur une période de trois mois. Damien Lacombe, président de Sodiaal, défend cette idée auprès de ses réseaux européens (Copa-Cogeca et EDA).

Les grosses coopératives d’Europe du Nord, traditionnellement très libérales, suivraient-elles ? « Elles ne rejettent pas l’idée. En 2016, leurs adhérents avaient souscrit au programme. Et surtout, à la vitesse à laquelle ce Covid-19 se propage, elles savent qu’elles peuvent aussi se trouver bientôt en difficulté », précise Damien Lacombe. Souhaitons qu’elles emboîtent rapidement le pas des Français. Car une mesure de réduction des livraisons trop tardive, au moment du creux de collecte, n’aurait que peu d’impact sur les marchés. On l’a vu en 2016.

Pascale Le Cann, avec la rédaction
Logistique. Le maintien d’une logistique performante est essentiel pour préserver la collecte, la transformation et l’expédition. © p. l. c
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