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La France perd le premier round

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L’Europe du Nord a largement profité de la forte croissance de sa collecte depuis dix ans. Mais la roue tourne, et la France, restée jusqu’ici à l’écart, a peut-être aujourd’hui une chance à saisir pour rebondir.

Les grands pays laitiers euro­péens ont tous misé sur la croissance, en prévision de la fin des quotas. La France, elle, a préféré se replier sur son marché intérieur. Et le bilan n’est pas glorieux. Son poids baisse sur la planète laitière au profit de ses voisins. Le recul de nos ventes en UE n’est pas compensé par les hausses à l’international. Ces choix ont pénalisé...
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Les grands pays laitiers euro­péens ont tous misé sur la croissance, en prévision de la fin des quotas. La France, elle, a préféré se replier sur son marché intérieur. Et le bilan n’est pas glorieux. Son poids baisse sur la planète laitière au profit de ses voisins. Le recul de nos ventes en UE n’est pas compensé par les hausses à l’international. Ces choix ont pénalisé les éleveurs français, qui sont les seuls à voir leur revenu se dégrader sur la période. Ils se situent désormais en queue de peloton, certes devant la Pologne, mais loin derrière les Irlandais ou les Néerlandais. Car en plus d’être toujours limités sur les volumes, les éleveurs français perçoivent un prix du lait modéré, bien en deçà de ce qu’offrent les mastodontes de la coopération (Arla et Friesland Campina). Le traditionnel lissage du prix pratiqué en France semble coûter cher aux éleveurs. Et malgré des conditions pédoclimatiques très favorables, la France ne parvient pas à tirer un avantage sur les coûts de production. L’Ouest français mise sur l’autonomie alimentaire et achète assez peu. Mais cela engendre des frais de mécanisation élevés et, finalement, un coût alimentaire plus haut qu’en Europe du Nord, où les éleveurs achètent plus de concentrés.

Enfin, la productivité du travail reste à la traîne en France (254 000 kg/UTA), même si les trois quarts des élevages y sont en croissance. Cela s’explique d’une part par le remplacement de la contrainte des quotas par celle des contrats, une spécificité française. D’autre part, du fait que les élevages français sont plus diversifiés.

Le manque de productivité pénalise le revenu

Or, le revenu résulte du produit entre le résultat par litre de lait et le nombre de litres produit par actif. Le manque de productivité limite donc la rentabilité. En France, il faut ponctionner 130 €/t pour rémunérer la main-d’œuvre non salariée à hauteur de deux Smic. L’Irlande combine un revenu par litre (150 € par tonne) et un volume par UTA (350 000 l) élevés. À l’opposé, les Danois affichent un résultat modeste par tonne de lait (25 € en moyenne, avec une très forte volatilité) mais ils produisent 1,2 Ml/UTA non salariée. Par ailleurs, si les Français subissent moins de volatilité, ils ne profitent pas autant des périodes favorables. En Europe du Nord, les éleveurs souffrent en contexte de crise mais quand les prix remontent, ils parviennent à reconstituer des réserves. L’activité laitière y est globalement profitable.

Les ressorts de la rentabilité divergent selon les pays. Si les Néerlandais affichent un prix de revient élevé, malgré leur forte productivité du travail (450 000 kg/UTA), ils tirent profit de la performance de l’industrie. C’est de là que vient la compétitivité de leurs exploitations.

Les Allemands restent compétitifs grâce à leur maîtrise des prix de revient. La productivité du travail salarié est très élevée outre-Rhin, en lien avec une législation plus souple et moins coûteuse qu’en France.

Les Danois ne commencent à gagner de l’argent, en moyenne, qu’à partir d’un prix du lait à 339 €. Mais dès que ce seuil est franchi, du fait de la productivité du travail, le revenu progresse très vite. Il atteint deux Smic avec un prix à 368 €. Les éleveurs français sortent donc perdants, en moyenne, de la période de bouleversements entraînés par la suppression des quotas laitiers. Mais la filière poursuit son évolution, bousculée par des attentes sociétales de plus en plus marquées. Réchauffement climatique, bio, bien-être animal… La liste ne cesse de s’allonger et concerne tous les pays laitiers. Des tendances qui s’ajoutent au nécessaire respect de l’environnement, et qui affectent diversement nos voisins. L’Allemagne, elle, change de stratégie depuis quelques années. La crise de 2015 a montré les faiblesses d’une collecte non maîtrisée. Les entreprises cherchent désormais à augmenter la valeur. Des usines ont fermé. Le bio et la différenciation en général se développe. Et comme en France, on y observe des écarts grandissants entre des stratégies industrielles gagnantes ou perdantes. La grande distribution fait pression sur les industriels pour des modes de production plus durables. Le sans-OGM représente déjà 60 % de la collecte allemande. Ce lait devient le standard, avec le risque qu’il ne soit plus mieux valorisé.

Le pâturage est de plus en plus demandé aussi, via des ONG puissantes. Mais les éleveurs trouvent le pas à franchir trop grand au regard de primes à 5 €/t, voire 1 €/t. C’est particulièrement vrai pour les grands troupeaux, qui reculent face au surcroît de travail. Ils auront peut-être du mal à répondre à cette attente.

L’environnement va freiner l’Europe du Nord

Mais l’environnement devient le talon d’Achille de l’Allemagne. En 2018, la Cour de justice euro­péenne l’a condamnée car elle n’a pas pris assez de mesures pour respecter la directive nitrates. La réglementation se durcit donc, notamment pour les élevages laitiers de plus de 50 vaches (réduction des apports, augmentation des capacités de stock­age, limite de chargement). Cela va générer des coûts supplémentaires. Malgré tout, la production allemande conserve encore quelques marges de progression, notamment via des gains de rendements laitiers.

Aux Pays-Bas, la stratégie de croissance a été stoppée par la réglementation sur le phosphore. La situation semble réglée, mais les éleveurs ont dû réduire leur cheptel et se retrouvent souvent avec des bâtiments trop grands. Pour remplir leurs étables, ils n’ont d’autre choix que d’acheter des droits. Sauf que Friesland Campina a cessé d’accepter des volumes sans cesse croissants. La coopérative a d’ailleurs perdu 600 adhérents en 2018, dont plus de la moitié a rejoint une autre laiterie afin de produire davantage. Finalement, la croissance reste possible, mais au prix d’une hausse des coûts de production.

Des réglementations supplémentaires arrivent

Les Pays-Bas dépassent régulièrement leur plafond d’émission d’ammoniac. Or, il va diminuer tous les ans à partir de 2020. Le pays vise une réduction de ses émissions de gaz à effet de serre de 48 % d’ici 2030. Les détails restent inconnus, mais l’élevage laitier sera affecté. La biodiversité s’invite aussi, avec l’ambitieux objectif de la restaurer à l’échelle du pays. Un plan se met en place, qui pourrait coûter encore quelques points de compétitivité aux éleveurs. Et bien sûr, il y a aussi le bien-être animal. Dans ce contexte, les transformateurs néerlandais semblent accepter l’idée que la collecte n’augmentera plus, et qu’il faut mieux la valoriser en rendant le lait plus vert. Les labels se multiplient, souvent sous la poussée de la distribution. Contraignants, ils ont du mal à séduire les éleveurs.

Quant à l’Irlande, elle reste sur une dynamique de croissance. Les coopératives investissent toujours. En intensifiant un peu, certains éleveurs peuvent produire plus sur la même surface. Toutefois, la marge de manœuvre est étroite car la qualité de l’eau dans les estuaires du Sud est loin de satisfaire aux objectifs de la Directive Cadre sur l’Eau.

L’État protège l’élevage laitier en ciblant le secteur de l’énergie et la viande bovine, afin de limiter les gaz à effet de serre. Mais la réduction des plafonds d’ammoniac, prévu­e en 2020, ne l’épargnera pas.

Le numéro un laitier irlandais, Glanbia, estime que la poursuite de la croissance n’est pas tenable. Lui aussi envisage, à l’avenir, de miser davantage sur la valeur que sur les volumes. D’autres suivront.

Mais ici, la principale incertitude vient du voisin qui se débat dans la mise en œuvre du Brexit : le Royaume-Uni est le premier acheteur de produits laitiers irlandais.

Le modèle français est davantage en phase avec les attentes sociétales

De son côté, le Danemark peine toujours à sortir de la crise de 2008-2009. Les éleveurs supportent une volatilité des prix très élevée, avec des revenus qui font le grand écart d’une année sur l’autre. Arla, la coopérative dominante, assure néanmoins un prix du lait supérieur à la moyenne européenne et garde la confiance des éleveurs. Le bio représente 12 % de la collecte. Et Arla est leader mondial sur ce créneau.

Après une vague de faillites d’exploitations, on assiste à l’émergence d’un nouveau modèle. Ceux qui le peuvent reprennent ces élevages, et l’on voit des entrepreneurs gérer plusieurs sites, généralement en employant des salariés étrangers. L’accès à la main-d’œuvre pose en effet problème. Les exploitations familiales reculent, sans parler de l’impossible transmission de ces nouveaux gros outils, qui réclameront des capitaux extérieurs.

Ainsi, nos voisins paient le prix de leur développement par un contrecoup environnemental parfois sévère. Leur modèle d’élevage confiné se heurte aux préoccupations montantes pour le bien-être animal.

Avec un parcours différent, la ferme française est moins contrainte sur le plan environnemental, et semble mieux à même de répondre aux attentes sociétales. À condition qu’elle ne ferme pas la porte au pâturage. La filière saura-t-elle rebondir et assurer une meilleure rentabilité de la production ?

Pascale le Cann

D’après le dossier Économie de l’Institut de l’élevage, n° 502, à paraître, octobre 2019.

Modèle. L’Europe du Nord s’est développée sur un modèle d’élevage de grande taille, très efficace, à la productivité élevée à tous les niveaux. © p.le cann
2 questions à…
« La France a une carte à jouer avec le pâturage vrai. »Après la course aux volumes, l’enjeu de la valeur 2 questions à… Christophe Perrot, économiste à Idele

L’Europe du Nord cherche plus de valeur. La France peut-elle se placer sur cet échiquier ?

Christophe Perrot : L’environnement laisse plus de marges de manœuvre à la France qu’aux bassins d’Europe du Nord, qui touchent ou dépassent les limites. D’où leurs évolutions stratégiques vers la valeur, notamment aux Pays-Bas­. Sur le suivi, l’analyse­ et la réponse aux attentes sociétales, Arla (Danemark, Suède, Allemagne, Benelux, Royaume-Uni) a de l’avance et distingue les attentes sur ces différents marchés­ mondiaux. En Allemagne, le débat, animé par des ONG puissantes, est au moins aussi intense qu’en France. Nous avons une carte à jouer, notamment grâce au pâturage vrai. Outre-Rhin, les écarts se creusent entre les entreprises selon leurs stratégies, car les quotas ont été remplacés par un régime dit de concurrence­, qui porte très bien son nom.

C.P. : Arla impose 120 jours de pâturage pour son lait Arla24 (24 h de la ferme au magasin) mais même chez les bio, le pâturage pèse peu dans l’alimentation. Sur le plan du carbone, Arla montre scientifiquement (avec ses méthodes) que grâce au rendement et à la dilution, ils font le meilleur lait du monde au niveau de l’impact par litre ! Et ils sont bien avancés sur les énergies renouvelables : 61 % de l’énergie consommée par les fermes est produite sur place, en équivalent. Les biométhaniseurs de quelques sociétaires alimentent en gaz les usines. C’est très habile. Arla calcule l’impact carbone du lait chez chaque producteur et souhaite différencier, acheter et vendre plus cher le lait des exploitations les plus efficaces.

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